Mythes et croyances débusque certains préceptes fantaisistes qui ont cours dans l'univers de l'investissement. Le but? Éviter que de telles idées ne justifient des décisions préjudiciables à l'investisseur.

Les pros savent identifier les meilleurs placements

Prédiction_4.1

Certains croient que le secret pour faire de l’argent à la bourse est de savoir identifier les titres qui surperformeront le marché boursier.  La réalité oppose aisément cette prétention!

Une statistique connue et révélatrice

Deux fois l’an, l’organisme S&P Global publie le « bulletin » des fonds de placements gérés activement (1). Le document, dont l’acronyme est SPIVA*, compare le rendement de chaque fonds avec son indice de référence et ce, sur différentes périodes.

Année après année, il confirme que la majorité des gestionnaires de fonds professionnels sous-performent leurs indices de référence sur de longues périodes. De plus, les taux de sous-performance augmentent à mesure que l’horizon temporel s’allonge.

Certains gestionnaires de fonds battent le marché sur de courtes périodes, comme un ou deux ans. Mais le marché bat 94% d’entre eux à long terme (2).

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L’idée qu’on puisse prévoir quels seront les titres les plus rentables année après année est une vue de l’esprit. Les faits démontrent deux choses :

1 – Personne n’a jamais été capable de prédire le rendement de la bourse (encore moins les meilleurs titres) avec constance.

2 – La chance est le principal facteur d’un rendement exceptionnel à la bourse.

Et bien qu’il y ait de fortes probabilités que le marché boursier progresse à long terme, celles de choisir les titres qui surperformeront le marché sont quasi nulles.

Comme les statistiques le démontrent, les gestionnaires professionnels ne sont pas à l’abri. Après déduction des frais et honoraires, bon nombre sous-performent leurs indices de référence parfois de plus de 5 points de base. Invariablement, des événements imprévus viennent mettre en pièces les plus « savantes » prédictions !

Pourtant, les prévisionnistes n’en démordent pas : chaque année, ils reviennent avec leurs prédictions qui…se réalisent moins de 50% du temps !


Des biais cognitifs viennent fausser le jugement

1 – Le biais de confirmation

Il désigne la tendance à ne donner foi qu’aux informations qui soutiennent une position ou une idée dont on est déjà convaincu. Cette approche conduit une personne à ignorer des informations incompatibles avec ses croyances.

2 – Le biais rétrospectif

Le biais consiste à prétendre, après le fait, qu’un événement était prévisible, alors qu’il ne l’était pas. Il amène la personne à estimer que des événements passés auraient pu être anticipés, moyennant davantage de clairvoyance.

On l’appelle aussi l’effet « je le savais depuis le début ».

3 – Le biais d’excès de confiance

C’est un phénomène psychologique selon lequel une personne surestime ses compétences, ses connaissances ou la précision de ses prévisions. Cela donne lieu à des décisions basées sur une évaluation erronée des risques. Il s’agit d’un biais fort répandu dans le domaine boursier.

En plus de fausser le jugement, les biais cognitifs conduisent à modifier le portefeuille aux pires moments.

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À cela s’ajoute une autre réalité. Bien que le marché boursier soit imparfait, l’avantage informationnel (3) est beaucoup plus diffus. Pour deux raisons :

1 – Accès à l’information

L’investisseur moyen a maintenant  un accès instantané (et gratuit) à un large éventail de recherches.

2 – Une règlementation plus stricte

La réglementation exige que les entreprises publient les informations clés rapidement, en les mettant accessibles à tous. Ces informations sont relayées quasiment en temps réel sur Internet.


Quoi faire en 2026 ?

Il y a deux façons de procéder.

1 – La gestion passive

Jack Bogle disait : « Ne perdez pas votre temps à chercher une aiguille dans une botte de foin. Achetez la botte de foin. »

Selon lui, il faut arrêter de penser à découvrir le prochain Alphabet.

Le plus simple est de posséder des parts d’un fonds indiciel. Ainsi, un investisseur est assuré de toucher un rendement comparable à celui du marché boursier, tout en minimisant le risque de perte grâce à une diversification de ses placements.

2 – La gestion active

La gestion passive* (indicielle) a historiquement surperformé la gestion active au cours de la dernière décennie.

Cependant, 3 raisons justifient d’adopter une gestion active* du portefeuille :

1 – La prise en compte de besoins spécifiques

La gestion active permet de tenir compte des besoins et caractéristiques de chaque investisseur. De nombreux facteurs doivent être pris en compte pour asseoir une gestion de portefeuille appropriée d’une personne : âge, situation familiale, taille du patrimoine, impératifs liées à la santé, etc.

2 – La gestion du risque

En gestion active, il est loisible de répartir l’investissement de manière à ajuster le niveau de risque du portefeuille selon les besoins ou les exigences de chaque investisseur. Ainsi, on module le risque en allouant une quote-part de fonds à des liquidités et à des titres à revenu fixe (obligations, actions privilégiées,…), en excluant certains titres jugés trop risqués,…

3 – La performance du secteur technologique pourrait changer

La surperformance de l’indice boursier US au cours des dernières années est largement attribuable au rendement exceptionnel de quelques titres du secteur technologique. De 2011 à 2025, le rendement annuel du secteur technologique a été de 20,8% (4). À l’intérieur du secteur, les 6 entreprises les plus importantes ont été à la source du rendement hors norme de tout le secteur.

Il n’est pas certain que ces performances vont se perpétuer au cours des prochaines années. Or, comme le secteur technologique représente 33% de l’indice boursier, son rendement (même s’il est mauvais) continuera de peser sur la performance de l’indice boursier, et partant des fonds indiciels.

Une gestion active permet d’ajuster la pondération du portefeuille pour tenir compte du risque que la sous-performance d’un important secteur pénalise indûment le rendement du portefeuille.

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Si vous choisissez la gestion active mais que vos connaissances de l’univers boursier sont limitées, commencez par avoir une discussion avec un conseiller financier en qui vous avez confiance.

Un bon conseiller vous expliquera les principes de base à suivre pour bâtir un portefeuille qui convient à votre situation et qui offre un bon rapport risque-rendement*.

Si les fonds à investir sont supérieurs à $50,000, référez-vous à la structure PORTEFEUILLE 101 pour déterminer comment les fonds devraient être investis. Cette structure comporte deux avantages :

* Elle est explicite,

* Sauf exceptions, elle n’a pas à être modifiée par suite des soubresauts du marché boursier.


Ignorez le bavardage de soi-disant experts qui prétendent avoir le secret pour identifier les titres qui surperformeront le marché boursier. Si c’était le cas, ils seraient tous milliardaires!

Vous avez le pouvoir de faire fructifier votre capital conformément à vos objectifs financiers.  Tout cela, en suivant une approche simple, composée de trois (3) éléments :

* Maintenir un horizon de rendement à long terme (10 ans).

* S’inspirer des 3 piliers de PORTEFEUILLE 101.

* Cadrer le portefeuille dans une structure explicite et permanente.

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(0)

(1) Voir gestion active* vs gestion passive*
(2) Financial Post, Dec 24 ’24.
(3) Être au fait (et bénéficier) d’informations que les autres investisseurs ignorent.
(4) S&P 500 Sector Performance, Novel Investor.

Cet article a été rédigé par Marc-Olivier Desmarais, CPA, Pl. Fin.

Il est planificateur financier indépendant. Sa pratique est encadrée par l'Autorité des Marchés Financiers (AMF) et par l'Institut de Planification Financière (IPF).

À travers les articles de Portefeuille 101, son objectif est de contribuer à la littératie financière et de stimuler la réflexion en matière de finances personnelles.

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