Faut-il investir dans une belle histoire ?

Histoire_1

Il est tentant d’investir dans des entreprises qui racontent de belles histoires. Cela donne le sentiment de s’associer à quelque chose de vrai, d’authentique. Mais l’investisseur qui appuie son choix sur une histoire plutôt que sur des données factuelles probantes, risque de commettre une grave erreur.


Le triomphe du storytelling

Ce qui suit est extrait d’une présentation d’un cabinet international de formation en marketing : « Les belles histoires sont celles auxquelles nous choisissons de croire. Il faut concentrer vos efforts sur une histoire qui va créer un sentiment d’appartenance chez votre client et l’inciter à rejoindre votre communauté. »

Tous les experts en branding vous diront que pour réussir aujourd’hui, il faut maîtriser l’art du storytelling: une technique qui consiste à promouvoir une idée ou une marque à travers un récit visant à séduire et convaincre par l’émotion plutôt que la raison.

L’actualité boursière n’échappe pas à son influence. Grâce aux réseaux sociaux et à la facilité d’accès des plates-formes transactionnelles, toute personne n’ayant aucune connaissance ou expérience préalable peut transiger les titres boursiers de son choix.

Ceci a pour conséquence que le storytelling devient un argument de vente central auprès d’une clientèle peu aguerrie à l’analyse financière.


.

Quelques histoires passionnantes

.
Voici des exemples d’industries qui ont largement profité du storytelling :
.

1 – Les cryptomonnaies

L’industrie bénéficie d’une couverture éditoriale quasi constante. Dépendant à quel site on se réfère, il y aurait entre 1,500 et 12,000 cryptomonnaies en circulation.

Bitcoin n’est qu’une d’entre elles. Sa valeur marchande était de 10,700$ en septembre ‘20. Elle a atteint 59,000$ en mars ’21, pour redescendre à 41,000$ en septembre (1) .

Encouragés par leurs pairs et forts des opinions véhiculées sur les réseaux sociaux, de jeunes investisseurs ont investi dans des cryptomonnaies sans trop savoir ce qu’ils faisaient. Pour certains, cela a été profitable, mais d’autres ont perdu leurs économies (2).

Il existe des arguments à l’effet qu’investir dans les cryptomonnaies peut se révéler profitable à long terme.

Mais trop de questions demeurent toujours sans réponse, notamment l’absence d’endossement par les principaux gouvernements et du cadre législatif qui s’ensuivra.

De plus, il s’agit d’un placement qui :

→ n’a pas de valeur intrinsèque, parce qu’il ne génère aucuns revenus ni bénéfices ;

→ ne verse aucun intérêt ni dividende ;

→ n’a pas de résilience historique à démontrer, comme c’est le cas pour l’or.

 

2 – Le cannabis

Avec l’annonce de la légalisation de la marijuana en 2018, des dizaines de milliers d’investisseurs ont découvert un nouvel eldorado. Aussi, des dizaines de nouvelles entreprises ont profité de l’engouement général pour en cueillir le fruit financier sur les marchés boursiers et investir massivement dans des infrastructures de production et de distribution.

En 2021, les principaux FNB* de cannabis perdent tous de l’argent, alors que le rendement des bourses nord-américaines excède 15%.

Cela étant, il est fort intéressant de noter que les FNB* lancés depuis plus de 3 ans ont cumulé des pertes qu’ils n’ont pas récupérées, alors que les fonds lancés après 2019 demeurent généralement profitables.

Cela suggère qu’il est préférable de ne jamais investir avec hâte dans une industrie émergente, aussi passionnante et prometteuse son histoire soit-elle.

Laisser passer le temps permet de mieux saisir l’environnement et reconnaître les meilleurs joueurs de l’industrie.

 

3 – Les actions fétiches

L’année 2021 recèle plusieurs histoires liées à des actions fétiches (3). Au départ, il s’agit d’actions d’entreprises qui perdent de l’argent et dont la presse financière parle peu. Mais, en raison d’un engouement souvent difficile à expliquer, elles deviennent le centre d’intérêt sur les réseaux sociaux. C’est à ce moment qu’elles attirent l’attention de day traders qui flairent le gain rapide.

Des mouvements de foule s’amorcent. Des millions d’abonnés des réseaux sociaux, mais aussi d’investisseurs expérimentés, ont ainsi acheté des actions d’entreprises fétiches (toutes déficitaires) comme GameStop, AMC Entertainment, Virgin Galactics, Palantir, BlackBerry, Clover Health.  Avec pour résultat que le prix de ces titres a explosé à partir de janvier et dans les mois qui ont suivi.

Ceux qui ont investi après que ces actions soient devenues virales sur les réseaux sociaux, ont perdu parfois plus de 50% de leur mise lorsque les valeurs marchandes sont revenues sur terre.

Comme toujours, des boursicoteurs d’expérience ont profité de l’euphorie des amateurs et réalisé des gains importants. Tandis que ceux qui ont suivi le mouvement de foule ont subi des pertes substantielles.

 

4 – Les SPAC (4)

Ce sont des sociétés sans activité opérationnelle, dont les titres sont émis sur un marché boursier en vue d’une acquisition. Au moment de sa cotation, une SPAC n’est qu’une coquille vide. L’intérêt d’une SPAC est de permettre au public d’investir dans une société privée (non cotée) en passant par la Bourse.

En investissant dans une SPAC, l’investisseur achète une promesse, sans plus. La visibilité sur l’acquisition projetée est faible au moment de l’introduction. L’expérience et la renommée de la direction sont donc primordiales.

Il est vrai que les actionnaires sont traditionnellement consultés au moment de réaliser l’acquisition. Mais l’investisseur amateur risque d’être dépourvu quant au choix devant lequel il sera placé. C’est pourquoi ce genre de placements ne devrait s’adresser qu’à des investisseurs sophistiqués.

Il existe des véhicules plus accessibles qui permettent d’investir indirectement dans des entreprises privées, notamment sur le marché américain (5).


L’attrait des industries émergentes

Tout le monde peut avoir son opinion sur ce que sont les industries émergentes les plus prometteuses. La réalité c’est qu’on peut en identifier un très grand nombre! Parce que nous sommes dans un monde dans lequel les découvertes s’accélèrent. Le développement de technologies toujours plus performantes fait qu’on réussit à appliquer ces découvertes plus rapidement. C’est le cercle vertueux de l’innovation…

Au-delà des cryptomonnaies et du cannabis, il y a des dizaines d’industries émergentes. Quelques exemples:

→ L’intelligence artificielle et ses nombreuses applications (simulation numérique, capteurs intelligents, véhicules autonomes, etc.)

→ La cybersécurité

→ La robotisation des interventions humaines

→ La fabrication additive

→ L’agriculture verticale

→ Le nuage informatique (cloud computing)

→ Les énergies renouvelables (solaire, hydrogène, éolienne, …)

→ Les matériaux super-résistants

→ L’internet des objets (I.O.T)

→ Les eSports

→ Les drones

→ Les aliments synthétiques

→ Les nouveaux armements et systèmes d’attaque et de défense

→ Les médicaments intelligents

→ Les mécanismes de commerce en ligne

→ Les fintech

→ Les réseaux sociaux (généralistes, spécialisés, professionnels, mobiles, etc.)

On pourrait prolonger la liste. Un grand nombre d’industries vont émerger ou évoluer de manière à changer notre monde.

Des secteurs évolueront plus rapidement que d’autres. Le problème est qu’il est quasi impossible de savoir lesquels.

C’est pourquoi, une bonne façon d’investir dans des industries émergentes est de le faire via de grandes entreprises établies dont la mission est d’investir dans des concepts novateurs. Ce sont les véhicules les plus sûrs pour investir dans les industries émergentes, car elles ont les ressources humaines, financières et technologiques suffisantes pour percer ces marchés. À ce sujet, lire Investir dans les industries émergentes.


Conclusion

Un enfant vit toujours au fond de nous. C’est pourquoi nous aimons les histoires. Nous lisons des romans, regardons des pièces de théâtre et des films. Les histoires répondent à un besoin réel: celui de rêver.

Comme investisseurs, il est facile d’être séduit par une histoire – plutôt que par des chiffres et des faits, aussi arides puissent-ils être. C’est une grave erreur. En matière d’investissement, la séduction est mauvaise conseillère.

Le secret du succès sera toujours de s’astreindre à investir dans le cadre :

® d’une structure de portefeuille explicite et équilibrée (6),

® d’un processus d’analyse rigoureux (6),

® des trois piliers de PORTEFEUILLE 101 (7).


On pourra toujours se consoler avec cette phrase de George Soros :

Si vous trouvez qu’investir est divertissant, vous ne faites probablement pas d’argent. Bien investir est ennuyeux.

 


 

FAQ

 

Comment ne pas perdre d’argent à la bourse?

Trois comportements sont garants de succès : 1) investir dans le cadre d’une structure de portefeuille explicite, 2) s’assurer que le portefeuille produit un rendement régulier, principalement sous forme de dividendes et 3) faire preuve de persévérance, de prudence et de patience.

 

Quelles sont les erreurs à ne pas commettre en bourse?

Croire que le marché boursier se comporte de manière rationnelle, cherchez à faire de l’argent rapidement, investir sur la base de recommandations de gens non qualifiés ou dont le jugement n’est pas indépendant, faire preuve d’excès de confiance.

 

Pourquoi investir à la bourse?

Investir à la bourse est le moyen le plus sûr et le plus accessible pour faire de l’argent, pour peu qu’on respecte des principes de base. Pour tout le 20e siècle, le rendement des bourses canadienne et américaine a été de 10%.


 

(1) Source: Statista
(2) Cryptomonnaie: des moins de 20 ans dépouillés en une journée, Journal de Montréal, Avril ‘21
(3) En anglais, ces titres sont désignés sous le nom générique « meme stocks »
(4) Special Purpose Acquisition Company
(5) Voir Les BDC: des titres à dividendes à considérer
(6)  Voir La structure du portefeuille
(7) Voir Les 3 piliers de PORTEFEUILLE 101.