Le bêta : une donnée essentielle

20 mars 2020


Une crise boursière est toujours douloureuse. Mais elle fournit l’occasion d’apprendre et de tirer des leçons qui feront de nous de meilleurs investisseurs.

Cette crise nous a appris que le bêta est une donnée essentielle pour évaluer un titre correctement.

Benchmark

Une crise différente des autres

Cette crise boursière est différente des autres. Les crises antérieures (1987, 2000, 2008) étaient essentiellement des crises économiques et financières. Hausse marquée des taux d’intérêts en 1987, éclatement de la bulle technologique en 2000, déficit de liquidités des banques en 2008.

Cette fois-ci, l’endettement record et les déficits endémiques de gouvernements forment une toile de fond menaçante. Mais il s’agit d’abord d’une crise de santé publique qui entraîne une paralysie de l’économie dont on ne peut encore mesurer les effets.

Cette crise boursière est quasiment sans précédent. Elle surprend par son ampleur et sa soudaineté : entre le 20 février 2020 et le 18 mars 2020, l’indice canadien a perdu 35%. À l’heure actuelle, personne ne peut prédire quand la panique s’estompera.

Pourquoi les titres baissent autant

Une des raisons qui poussent les investisseurs à vendre leurs titres est qu’ils présument qu’un grand nombre d’entreprises et d’individus seront privés de revenus à cause des mesures prises pour limiter la propagation du virus.

Mais l’autre raison, c’est que le mouvement de baisse des titres s’autogénère comme le virus qui se répand. La baisse des titres pousse de plus en plus d’investisseurs à vendre. En retour, ces ventes massives entraînent des baisses de valeur qui poussent d’autres investisseurs à vendre.  C’est pourquoi il est impossible de prévoir quand le mouvement de masse changera de direction.

Beta 1.3

Protéger le rendement du capital

Quand un indice boursier perd 35% en si peu de temps, il s’agit d’une panique. Comme pour toute panique, on ne sait pas dans quelle mesure elle est justifiée. On ne sait pas non plus quels seront les dommages.

Mais la priorité de celui qui a un horizon de rendement suffisamment long demeure la même : il doit protéger le rendement de son capital.

En même temps, il est normal que des investisseurs soient préoccupés d’avoir un portefeuille qui puisse résister aux inévitables crises boursières qui se produisent à tous les 8 à 10 ans. Les articles Diminuer le risque du portefeuille et Diminuer le risque du portefeuille - 2 énoncent des principes et mesures pour baliser le risque de perte.

La crise actuelle et la forte volatilité de l’ensemble des titres boursiers suggèrent qu’un autre indicateur peut se révéler fort utile pour identifier les titres qui présentent le meilleur rapport risque/rendement.

Il s’agit du bêta.

Beta 1.1

Qu’est-ce que le bêta?

Le bêta est un coefficient de volatilité et une mesure de risque systémique d'un titre. Il indique la relation entre les fluctuations de la valeur du titre et les fluctuations de son indice de référence (ex: indice TSX au Canada ou S&P 500 aux États-Unis).

Par exemple, un fonds indiciel aura un bêta proche de 1 parce qu'il varie dans les mêmes proportions que son indice de référence. Ainsi, le Fonds indiciel TD (TDB216) dont la composition est calquée sur celle de l’indice TSX,  affiche un bêta de 0,98.

Un titre ayant un bêta qui se situe entre 1 et -1 signifie que ses variations sont inférieures à celles de l'indice pour une période donnée.

Ce qu’il faut retenir, c’est que la volatilité est l’élément principal qui détermine le risque d’un titre. Plus le bêta est faible, plus son risque est faible par rapport à celui des titres qui font partie de son indice de référence.

Une croyance populaire : un haut rendement exige un niveau de risque élevé

Au cours des années ’60, un groupe d’économistes américains a développé le MEDAF(1), un modèle qui permet d’établir une relation entre le risque et le rendement probable d’un actif. Ce modèle est couramment utilisé par des analystes financiers pour évaluer la performance de portefeuilles de placements.

En termes simples, le MEDAF suppose qu’un placement devant produire un rendement supérieur doit par le fait même être plus risqué. Cette supposition fait aussi partie des croyances populaires.

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Beta 1.4

L’anomalie de la faible volatilité

Dix ans après son introduction, des recherches empiriques réalisées par d’autres économistes ont démontré une autre réalité : pour différentes classes d’actifs, dans différents marchés, les placements les plus risqués comportent des rendements inférieurs(2).

On a donné un nom à cette apparente contradiction : l’anomalie de la faible volatilité. Elle est supportée par plusieurs études. En voici deux :

Une étude portant sur la période d’août 1978 à juin 2016(3) a établi que les actions plus volatiles ont produit des rendements plus élevés lors des périodes de forte progression des marchés. Dans des conditions de marché normales, elles ont produit des rendements semblables à ceux des actions moins volatiles. Dans les périodes de marchés baissiers, elles ont généré des rendements négatifs plus élevés. La conclusion est que les actions plus volatiles n’ont pas produit de rendements à long terme supérieurs.

Une autre étude portant sur une période de 20 ans(4) a démontré que les 100 titres les moins volatils de l’indice S&P 500 ont collectivement réalisé une sur-performance annuelle de 9%  avec une volatilité inférieure de 20% par rapport à l’indice de référence. La raison est que la sous-performance de ces titres lors des périodes de marchés baissiers était moins prononcée que leur sur-performance lors des périodes de marchés haussiers.

Une illustration tirée du marché canadien

Pour illustrer la relation entre le risque et le rendement de titres individuels, nous avons préparé un tableau dans lequel on retrouve les titres canadiens les plus importants de 6 secteurs économiques différents. Le tableau compare le bêta et le rendement annuel de chaque titre sur 5 ans:

Beta 1

Pour 3 secteurs, les titres ayant les plus faibles bêtas ont eu les meilleurs rendements sur 5 ans. Dans les 3 autres secteurs, les titres ayant eu les meilleurs rendements ont les deuxièmes bêtas les plus bas. Depuis le début de la crise boursière actuelle, la plupart de ces titres ont connus des baisses de valeur moins prononcées que celle subie par l'indice TSX.   

Cet exemple n’a aucune prétention scientifique. Mais il confirme que l’anomalie de la faible volatilité est une réalité.

Conclusion

Le seul fait qu’un titre affiche un faible bêta n’est pas une garantie qu’il aura un meilleur rendement futur.

En revanche, le bêta s'avère être un indicateur essentiel pour évaluer un titre, en accord avec les autres données fondamentales utilisées à cette fin.

La conjonction d’un faible bêta et d’un rendement historique supérieur sur 5 ans, constitue un élément d'évaluation positif. L’investisseur aurait tout avantage à intégrer cette donnée à l’analyse des titres qu’il considère ajouter à son portefeuille.

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(1) Modèle d'Évaluation Des Actifs Financiers 
(2) Source: Why Low-beta outperform, Seeking Alpha, June 15, 2018
(3) Source : Gestion de Placements TD
(4) Source : Le Monde Économique, Juin 2019

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