Optimistes vs pessimistes : qui sont les gagnants?

Optimistes

Notre perception de l’état du monde est un élément révélateur de notre comportement d’investisseur. Il est important d’en tirer leçon sans ambages et, surtout, d’en assumer les conséquences.


Une vision négative du monde

Les sondages montrent que les gens éduqués croient que l’état du monde s’aggrave au lieu de s’améliorer :

® 58% estiment que la situation est pire qu’avant et 30% croient qu’elle n’est pas meilleure (1).

® 77 % considèrent que leurs enfants vivront moins bien que les personnes de leur génération (2).

® 82% croient que le monde est devenu plus dangereux au cours de la dernière année (3).

® 75% des répondants de pays riches disent que les changements climatiques causeront des souffrances inégalées (4).

Les scénarios pessimistes ont toujours été populaires:

® En 700 av. J.-C., le philosophe grec Hésiode déclarait que l’âge d’or de l’humanité était passé (5).

® Au 19e siècle, Maupassant décrivait un monde où l’égoïsme, la cruauté et la bêtise règnent en maîtres.

® En 2012, le quotidien Le Devoir invitait ses lecteurs à partager leur vision de l’avenir d’ici l’année 2112 (6).

La grande majorité des 800 réponses reçues annonçaient une vision négative:

La planète sera victime d’une surpopulation incontrôlable ;

La nourriture sera artificielle et chère ;

L’eugénisme (7) sera chose courante ;

Le monde aura disparu.

À la lumière de ces résultats, un universitaire concluait à une vision de l’avenir beaucoup plus apocalyptique que celle qui prévalait au début du siècle dernier.


Nous ne voyons pas les choses telles qu’elles sont, mais telles que nous sommes (Anaïs Nin).


Pourquoi les gens tendent à avoir une vision pessimiste du monde?

Selon Dr Claire Lewandowski (8) On retient mieux les informations négatives que les positives. Les catastrophes retiennent notre attention. Les chaînes d’information continue ont tendance à répéter des nouvelles négatives, soulignées par une mise en scène qui amplifie la gravité de l’information. Se focaliser sur ce qui ne va pas correspond à un instinct de survie qui nous pousse à éviter de faire face au danger (9).

Les titres des journaux donnent l’impression que la fin du monde est imminente. On n’a qu’à consulter la une d’un populaire quotidien de Montréal pour constater l’espace démesuré qui est consacré aux mauvaises nouvelles. De la même façon, les bulletins d’information des grandes chaînes de télévision diffusent en continu de tristes nouvelles.

Selon une récente étude du Pew Research Center, les deux tiers des Américains affirment que les médias sociaux ont un effet négatif sur la façon dont les choses se passent dans ce pays. De fait, les statistiques démontrent que les questions alarmantes occasionnent plus de clics sur les médias numériques et sociaux (10).

Faut-il d’autres preuves que l’avalanche de mauvaises nouvelles est bonne pour la cote des médias !

Constat :

Un biais cognitif (l’instinct de survie), habilement exploité par les médias, expliquerait pourquoi les mauvaises nouvelles teintent autant notre vision du monde.


La perception du monde affecte le comportement de l’investisseur

Dans un article précédent, nous avions commenté sur une réflexion de Morningstar qui catégorisait les épargnants en 3 groupes: les optimistes, les sceptiques et les pessimistes. Les gens qui investissent se retrouvent dans les deux premiers groupes. On y mentionnait que les vrais pessimistes n’investissent pas, tant leur vision de l’avenir est noire.

Aux fins du présent article, nous identifions 2 groupes d’investisseurs : 1) ceux qui ont une vision plutôt optimiste de l’état du monde et 2) ceux dont la vision est plutôt pessimiste.

Chaque groupe se distingue par une philosophie de placement qui reflète sa perception du monde et de son avenir :

A – Les optimistes

Prémisses

® Les progrès de la science et de la démocratie vont continuer à rendre notre monde meilleur.

® Tous les placements ne seront pas profitables. Mais il y en aura assez pour qu’il vaille la peine d’investir.

® On s’améliore en apprenant de nos erreurs. Et pour apprendre, il faut investir.

® Chaque revers est une occasion d’apprendre et non une défaite à regretter.

Approche

1 – Une vision à long terme

Motivés par une vision positive de l’avenir, les optimistes tendent à investir dans un horizon de rendement à long terme. Ils croient à deux choses :

® les marchés reviennent toujours à leurs moyennes de rendement historiques.

® les moyennes de rendement historiques sont positives.

2 – La prévalence de l’approche fondamentale (11)

Les optimistes tendent à favoriser l’approche fondamentale, basée sur la valeur intrinsèque des entreprises. Cette approche convient à ceux qui ont un horizon de rendement à long terme. Car, à long terme, la valeur marchande des stocks boursiers reflète leur valeur intrinsèque.

3 – Une attitude inspirée de principes inaltérables

Une vision positive des choses favorise une constance des comportements. À long terme, les comportements de l’investisseur optimiste sont naturellement axés sur trois principes de succès : la persévérance, la prudence et la patience (12).

B – Les pessimistes

Prémisses

® On ne sait trop ce que l’avenir nous réserve.

® L’investisseur ne dispose pas de l’information nécessaire pour protéger son investissement boursier.

® Il en coûte trop cher d’apprendre le métier d’investisseur en perdant de l’argent.

® La priorité est de protéger le capital.

Approche

1 – Une vision à court terme

Insécurisés par une perception négative du monde et des marchés, les pessimistes tendent à investir dans un horizon de rendement à court terme. Ils effectuent plusieurs transactions, chacune pour de faibles montants. Ainsi, un mauvais résultat aura un impact financier limité.

2 – La prévalence de l’approche technique

Les investisseurs pessimistes tendent à favoriser l’approche technique. Cette approche convient à ceux qui ont un horizon de rendement à court terme. Car, à court terme, les stocks fluctuent en fonction des sentiments des investisseurs, et non de la valeur intrinsèque des entreprises.

3 – Des décisions basées sur l’analyse de données transactionnelles

La difficulté d’anticiper les fluctuations boursières à court terme oblige de recourir à des outils d’analyse techniques pour tirer un rendement qui ne tienne pas du hasard. Il existe une panoplie d’outils d’analyse techniques, dont plusieurs exigent une formation préalable, ainsi que des moyens technologiques plus sophistiqués.

Constat

Les travaux de Kahneman et Tversky (13) ont démontré que l’aversion pour le risque pousse les investisseurs à donner un poids démesuré aux pertes financières par rapport aux gains. Les investisseurs développent ainsi une peur excessive face au risque, ce qui peut les conduire à prendre des décisions qui lui donne une importance démesurée.

Une gestion de portefeuille structurée, encadrée par des principes de comportement explicites, est le moyen d’éviter que les émotions n’influencent les décisions de placement.


L’état du monde favorise-t-il les optimistes ou les pessimistes?

Des faits sont indiscutables :

® La pauvreté recule grâce à l’éducation, au commerce, aux denrées à prix accessibles et aux programmes sociaux.

® En 1800, 10 % de la population savait lire et écrire ; aujourd’hui, c’est 86 pour cent (14).

® Avant 1893, les femmes n’avaient pas le droit de vote; aujourd’hui, elles votent dans 99 % des pays.

® En 1800, 44 % des enfants mouraient avant l’âge de 5 ans ; aujourd’hui, c’est 4%.

® En 1800, l’esclavage était légal dans plusieurs pays. Aujourd’hui, il est illégal dans quasiment tous les pays.

® Les taux d’homicides représentent le dixième de ce qu’ils étaient au Moyen Âge.

® Le taux annuel de morts causées par la guerre représente moins du dixième de ce qu’il était dans les années 1950.

® Les coutumes barbares (sacrifices humains, mise à mort des hérétiques et sorcières) ont été abolies.

® Les taux de viol, la violence conjugale et la maltraitance des enfants sont en baisse.

® Bien que des régimes n’aient pas évolué (Russie, Chine, Turquie), la gouvernance des pays tend vers la démocratie.

Ceux qui croient que la situation du monde est pire qu’avant doivent réaliser ceci : bien des problèmes existaient autrefois sans qu’ils ne soient connus. On les ignorait parce qu’on ne disposait pas des moyens de communication appropriés. Aujourd’hui, beaucoup de problèmes sont communiqués et analysés (souvent en temps réel) via des réseaux de communication accessibles gratuitement et en permanence.

Le fait même de donner une grande visibilité aux problèmes est l’étape nécessaire pour s’y attaquer.


Choisir entre un héritage et un apprentissage

Notre prédisposition à avoir une vision négative de notre environnement fait partie de notre héritage génétique.

Nos ancêtres vivaient dans une nature de laquelle ils tiraient leur subsistance, mais qui comportait des dangers constants. Ils devaient s’en protéger par leurs propres moyens, au risque d’être mangés, empoisonnés ou écrasés. L’instinct de survie entretenait une crainte qui forçait à une vigilance de tous les instants.

À mesure que le monde a évolué, l’homme a élaboré des systèmes de défense capables de l’isoler de ces dangers. Aujourd’hui, notre monde est plus pacifique, plus organisé et plus prévisible. Les dangers incessants du passé ont disparu.

Mais l’héritage demeure.

Pour cette raison, il est raisonnable de prétendre que le pessimisme est une attitude innée, alors que l’optimisme serait le fruit d’un apprentissage.


L’exemple d’un investisseur légendaire

Warren Buffett (15) est connu pour deux choses : le rendement de ses investissements et son optimisme légendaire. À des étudiants qui lui demandaient sa définition du succès, il avait répondu : « Je ne sais trop comment définir le succès; mais le bonheur est ce qui me définit ».

Dans un rapport annuel de la fondation Bill & Melinda Gates, cette dernière lui avait écrit: « Votre optimisme ne découle pas de votre succès; votre optimisme a créé votre succès ».

À l’image de Warren Buffett, ce sont les optimistes qui changent le monde. L’optimisme des entrepreneurs les pousse à choisir l’aventure, à créer le changement. Sans optimisme, nous choisirions le statu quo et la sécurité de ce qui est familier. Les optimistes dessinent l’avenir. Tandis que les pessimistes demeurent des spectateurs.


En matière d’investissement, la vision optimiste s’impose

En 1994, Jeremy Siegel (16) a publié Stocks for the Long Run, classé comme l’un des 10 meilleurs livres sur le placement boursier de tous les temps par le Washington Post et Business Week. Il déclarait que les rendements boursiers annuels à long terme devraient se situer entre 6,5% et 7% hors inflation.

Que s’est-il passé depuis? Au cours des 28 années qui ont suivi (1994 à 2022), le rendement annuel de la bourse américaine a été supérieur à sa prévision, soit 8% hors inflation (17).

Des études démontrent que les probabilités de gains à la bourse augmentent considérablement lorsque les périodes investies sont plus longues (18) :

1 jour – 51%

1 an – 73%

5 ans – 87%

10 ans – 95%

Morningstar ajoute que détenir des actions canadiennes sur n’importe quelle période de 10 ans a produit un rendement positif dans 100% des cas!

Cette performance des marchés boursiers s’appuie sur une économie toujours plus performante parce que :

® L’évolution des connaissances stimule le développement de la créativité humaine.

® L’essor accéléré des technologies permet d’en tirer les bénéfices de plus en plus rapidement.

® Les gains de productivité s’accélèrent.

***

En matière d’investissement, le danger n’est pas de perdre votre capital lors du prochain krach boursier. Le danger est de pratiquer un pessimisme qui vous laissera en dehors du marché. C’est là une situation qui, à chaque année, entraînera des pertes de rendement significatives et l’érosion inévitable d’un capital durement gagné.

Le constat est évident: si on dispose d’un capital qui permet de maintenir un horizon de rendement à long terme, il faut demeurer investi dans le marché boursier en tout temps.

C’est la raison pour laquelle les optimistes seront toujours gagnants.



(1) Cato Institute, June 3 ‘21
(2) Les pays développés gardent une vision pessimiste de l’avenir, Les Échos, 21 juillet ‘21
(3) Pessimism vs. Optimism in 2021, Statista, Nov‘21
(4) Selon une enquête de Pew Center, réalisée auprès de 20,000 personnes. Citée par Washington Post, Sept-14 ‘21
(5) Les Travaux et les Jours
(6) 2112 – Où sera l’humanité dans un siècle, Le Devoir, 7 avril ‘12
(7) Sélection des individus basée sur leur patrimoine génétique; élimination de ceux qui n’entrent pas dans le cadre de sélection établi.
(8) Docteure en médecine, spécialisée en psychiatrie, addictologie, victimologie et médecine générale.
(9) Comment les mauvaises nouvelles nous affectent, Pourquoi docteur, Avril ‘21
(10) Pew Research Center, Oct-15 ‘20
(11) La supériorité des stratégies fondamentales
(12) Voir Les 3 piliers de PORTEFEUILLE 101
(13) Pourquoi l’investisseur a un rendement inférieur au marché
(14) Le monde va mieux que vous pensez, L’Actualité, Juillet ‘18
(15) Président de Berkshire-Hathaway (7e capitalisation de l’indice S&P500). On estime sa fortune personnelle à plus de $100 milliards.
(16) Professeur émérite de l’université Wharton, PhD (M.I.T.)
(17) DQYDJ.com
(18) Le temps : paramètre de rendement le plus important


FAQ

 

Pourquoi la bourse monte ou baisse?

Les cours boursiers fluctuent en fonction de l’offre et de la demande. Ce qui est important de savoir, c’est pourquoi il y a plus de gens qui désirent acheter plutôt que de vendre ou vice versa.

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Faut-il investir pendant une crise boursière?

Il ne faut pas nécessairement investir pendant une crise boursière. L’important est de demeurer investi et d’effectuer des placements boursiers régulièrement. Ceci diminue l’effet de la volatilité des marchés et tend à optimiser le rendement du portefeuille.

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Quels sont les meilleurs placements boursiers à long terme ?

Les titres d’entreprises bien capitalisées, rentables et qui paient de hauts dividendes figurent parmi les meilleurs titres à détenir à long terme. L’investisseur devrait favoriser celles qui augmentent leur dividende à chaque année.