Est-ce que les recommandations des analystes financiers sont utiles ?

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La première question n’est pas de savoir si un stock est recommandé. C’est de savoir s’il convient au portefeuille de l’investisseur. Ceci étant établi, les recommandations d’analystes financiers professionnels peuvent se révéler fort utiles.


Qui sont les analystes qui émettent des recommandations de titres ?

Lorsqu’elles proviennent d’institutions reconnues, les recommandations de titres boursiers sont émises par des analystes sell-side (aucun terme français équivalent). Leur rôle est de fournir aux clients une opinion impartiale sur des titres d’entreprises. Pour ce faire, ils bénéficient d’outils d’évaluation sophistiqués fournis par les sociétés qui les emploient. Les analystes des institutions financières reconnues possèdent une formation professionnelle appropriée.

Généralement, les analystes s’intéressent à des secteurs économiques spécifiques. Ceci leur permet de développer une expertise et d’effectuer des comparaisons inter-entreprises qui peuvent se révéler fort utiles.

Dans le cadre de ce processus, l’analyste construit des modèles destinés à analyser les résultats financiers actuels et projeter les résultats futurs des entreprises. Plusieurs ont également des rencontres avec les dirigeants, des clients et des concurrents afin de parfaire leur compréhension de la situation.

En fin de course, l’analyste établit un prix cible et une recommandation acheter, conserver ou vendre.


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PORTEFEUILLE 101
n’émet pas de recommandations ou d’opinions sur quelque titre boursier ou fonds de placements individuels pour plusieurs raisons :

1 – Il y a une surabondance de recommandations de titres

Ces recommandations proviennent des services financiers des grandes banques, des cabinets de courtage, des gestionnaires de fonds, de groupes formés sur les réseaux sociaux, d’une panoplie de sites web spécialisés et de multiples autres sources auxquelles on peut accéder via internet.

À titre d’exemples, voici divers sites qu’on peut consulter pour obtenir gratuitement des recommandations de titres boursiers (voir Nota) :

® Les Affaires.

Entre le 5 et le 12 mai ’22, le journal a émis des opinions sur 23 titres.

® Investorplace

À chaque semaine, le site publie des commentaires et recommandations sur des dizaines de titres américains.

® TipRank

En tout temps, le site recense les recommandations de milliers d’analystes financiers professionnels. Le site indique combien d’analystes suivent des titres spécifiques.

® Business News Network (BNN)

BNN est une chaîne de télévision canadienne qui présente en continu des informations spécialisées sur le monde des affaires. Plusieurs émissions de BNN offrent régulièrement des opinions et recommandations de titres canadiens ou américains.

® TSI Wealth Network

L’organisation présidée par Pat Mc Keough, un vétéran de l’industrie, donne accès à plusieurs lettres financières qui donnent des opinions et recommandations sur une variété de titres nord-américains.

Tout ceci n’est que la pointe de l’iceberg. La liste de sites offrant des recommandations boursières est quasi sans fin.

Nota:
Ces sites sont mentionnés pour illustrer notre propos. L’éditeur n’endosse pas les opinions exprimées, ni les recommandations qui y sont contenues. L’éditeur n’a aucun contact et ne reçoit aucune rémunération de ces sites.

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2 – L’objectif est que le lecteur comprenne et assume ses décisions financières

PORTEFEUILLE 101 a pour but de stimuler la réflexion et de contribuer à la littératie financière en proposant deux choses :

A. Des FONDEMENTS

Cette section n’est pas un cours sur la bourse.  C’est une approche de gestion de portefeuille, fondée sur une philosophie qui découle de constats tirés de l’histoire des marchés financiers.

B. La DEUXIÈME VOIX

Cette section approfondit des aspects particuliers de la gestion d’un portefeuille de placements. On y retrouve également des éléments relatifs à la gestion des finances personnelles. À chaque semaine, un nouvel article s’ajoute touchant un des sujets suivants:

® Analyse du marché

® Comportements de l’investisseur

® Optimisation du rendement

® Placements particuliers.

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Pour atteindre l’objectif, il est de loin préférable de montrer à l’investisseur comment évaluer les titres qu’il convoite au lieu de s’en remettre à l’opinion de tiers, sans y consacrer quelqu’effort d’analyse.

 

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3 – La première étape n’est pas de savoir si un titre est recommandé

Construire un portefeuille est comme construire une maison. La maison, c’est la structure du portefeuille. Les titres, ce sont les meubles. Chercher à acheter des titres sans avoir défini une structure de portefeuille, c’est comme chercher des meubles sans savoir dans quelle maison on habitera.

La première étape, c’est d’établir la structure du portefeuille (1).

Pour que les structures tiennent en place à long terme, tant les plans d’une maison que ceux d’un portefeuille doivent être précis :

Une fois que la structure du portefeuille a été clairement définie, on procède à la recherche des titres qui « meubleront » chacun des types de placements. Pas le contraire.

Malheureusement, peu de portefeuilles de placements reposent sur une structure explicite.

Résultats : une diversification inadéquate et des titres transigés au gré d’opinions et d’émotions dictées par les aléas du marché boursier. Décisions qui entraînent des rendements à long terme médiocres (2).


Des études révélatrices portant sur les recommandations d’analystes

1 – Les recommandations d’achat dominent l’univers des opinions publiées

La dernière étude disponible sur le sujet date de 2017. Mais rien ne laisse supposer que les proportions de recommandations acheter-conserver-vendre aient évolué au cours des années (3).

La grande majorité des recommandations des analystes suggèrent d’acheter, quasiment jamais de vendre. Et ce, indépendamment de la volatilité du marché boursier.

On se perd en conjectures pour en expliquer les raisons. Certains prétendent que des courtiers sont poussés à l’optimisme pour maintenir des relations harmonieuses avec les dirigeants des entreprises. D’autres font valoir que différents courtiers utilisent des définitions différentes pour classer leurs recommandations acheter-conserver-vendre. Ce qui permettrait d’interpréter positivement certaines classifications.

Enfin, une raison serait que les lecteurs préfèrent lire une nouvelle positive (recommandation d’achat) plutôt que négative (recommandation de vente).

2 – Une corrélation inconstante entre recommandations et performances boursières

Une étude portant sur la pertinence des recommandations des analystes sell-side réalisée en 2019 a dégagé les conclusions suivantes (4) :

A. Petites et moyennes entreprises (PME)

Les performances boursières de titres de PME affichent une corrélation avec des recommandations de vente correspondantes. Cette corrélation existe pour des horizons de court et long terme.

Dans le cas des recommandations d’achat, la corrélation est valable uniquement pour des horizons de long terme.

B. Grandes entreprises

Premier constat : on n’a observé aucune corrélation positive entre les recommandations des analystes et les performances boursières des titres. Peu importe la nature des recommandations (acheter, conserver ou vendre).

Deuxième constat : dans plusieurs cas, on a constaté une corrélation NÉGATIVE entre les recommandations achat/vente des analystes et la performance boursière des titres. Des rendements positifs ont été observés suite à des recommandations de vente, et des rendements négatifs ont été associés à des recommandations d’achat !

Comment interpréter ces conclusions ?

Dans le cas des PME, il appert que les recherches des analystes professionnels leur donnent accès à des informations critiques que le public et les médias ignorent. Or, il s’agit d’informations dont les investisseurs doivent tenir compte pour évaluer correctement les titres convoités.

Quant aux grandes entreprises, l’étude n’explique pas la corrélation négative entre les recommandations d’analystes et les performances boursières.

On retient que les analystes ne sont pas vraiment en mesure d’apporter des éléments à valeur ajoutée pour les grandes entreprises. La raison est que celles-ci bénéficient déjà d’une couverture média étendue, leurs activités sont suivies par des dizaines d’analystes et elles passent régulièrement sous la loupe des autorités règlementaires. Ce faisant, le marché est déjà courant des éléments susceptibles d’influencer leurs performances boursières.


À bon escient, les recommandations d’analystes peuvent être fort utiles

Les recommandations émises par des analystes financiers professionnels peuvent toutefois se révéler fort utiles à l’investisseur. Pour plusieurs raisons :

1 – Le métier d’analyste financier exige une formation appropriée

Les analystes financiers à l’emploi de cabinets reconnus détiennent un diplôme d’études universitaires (BAC) en comptabilité, en finances, en administration des affaires ou autre domaine connexe. Plusieurs employeurs privilégient les candidats qui portent le titre CA (Comptable Agréé) ou CFA (Chartered Financial Analyst).

Typiquement, les employeurs recherchent des qualités telles que :

® Être méthodique;

® Posséder des connaissances économiques variées;

® Faire preuve de jugement;

® Savoir communiquer;

® Maîtriser les logiciels d’analyse financière utilisés en entreprise.

C’est dire que les commentaires et opinions d’analystes financiers professionnels sont susceptibles  d’apporter des compléments d’information utiles à l’investisseur amateur. Pour peu qu’ils soient dénués du jargon pompeux dont certains analystes semblent incapables de se défaire!

2 – Les activités de recherche des grandes institutions sont mieux encadrées

On a tendance à reprocher le manque d’indépendance des analystes financiers à l’emploi des cabinets de courtage vis-à-vis les entreprises qu’ils évaluent.

En 2002, dans la foulée des scandales financiers de WorldCom et Enron, le congrès américain a promulgué une législation (5) dont l’un des buts était d’assurer l’indépendance des analystes financiers vis-à-vis les entreprises sur lesquelles ils émettaient des recommandations. La législation canadienne a évolué dans le même sens.

Ainsi, la plupart des banques d’investissement ont isolé leurs services de recherches de leurs activités commerciales pour promouvoir l’objectivité de leurs recommandations de titres boursiers. De même, les règles de divulgation de conflits d’intérêt (réels ou apparents) ont été renforcées.

Le résultat est que des progrès notoires ont été réalisés au niveau de l’indépendance des analystes financiers.

3 –  Les analyses permettent de confirmer ou infirmer des perceptions

Plusieurs rapports émis par des analystes professionnels contiennent des informations qui aident à mieux comprendre les affaires et les performances de l’entreprise. Ceci permet à l’investisseur de faire des recoupements qui confirment des éléments connus ou remettent en question des faits qu’il tenait pour acquis.

4 – Une pluralité d’opinions est une sécurité supplémentaire

Lorsqu’un grand nombre d’analystes suivent un titre, ceci suggère que plusieurs posent des questions aux dirigeants, parlent aux compétiteurs, font des recoupements d’information, décortiquent les états financiers, etc.  Cela augmente les chances que les informations critiques qui touchent l’entreprise soient connues.

De plus, la compétition entre un plus grand nombre d’analystes professionnels favorise l’expression d’opinions plus variées.

Ne disposant pas des ressources d’un investisseur professionnel, nous n’avons pas accès aux informations nécessaires pour évaluer correctement une entreprise.

C’est pourquoi, on devrait investir uniquement dans des entreprises suivies par au moins trois (3) analystes professionnels de différents cabinets.

Et surtout, ne jamais se fier aux seules recommandations d’un vendeur, d’un ami ou d’un dirigeant. Il y a à parier que leur intérêt premier n’est pas de vous communiquer une opinion professionnelle indépendante.


Conclusion

En premier lieu, chaque titre doit être choisi conformément aux critères de sélection et d’évaluation établis (6).

En second lieu, il ne sert à rien d’obtenir des recommandations d’achat sans avoir d’abord :

® défini une structure de portefeuille explicite;

® déterminé le type de titre à ajouter au portefeuille et dans quelle proportion il doit l’être.

En revanche, les commentaires et recommandations d’analystes professionnels peuvent apporter des compléments d’information essentiels pour appuyer (ou démentir) les choix de l’investisseur.

Les investisseurs amateurs devraient tirer parti de cette volumineuse source d’information, accessible à tous gratuitement.


(0)

(1) Voir La structure du portefeuille
(2) Voir Pourquoi une structure de portefeuille explicite est essentielle ?
(3) Wall Street analysts almost never put ‘sell’ ratings on the stocks they cover, CNBC, Janvier ‘17
(4) Sell-Side Research: Do Analyst Recommendations Add Value for Investors, Finnegan & Tortorice, Dec ’19.
(5) La loi Sarbanes Oxley.
(6) Voir Évaluer les titres à revenu fixe, à dividendes, incontournables, métaux précieux.


FAQ

 

 

Comment trouver les bonnes actions à acheter?

Les meilleures actions à acheter sont celles d’entreprises dont les ventes, les bénéfices et les dividendes augmentent à chaque année. Idéalement, le dividende devrait augmenter d’au moins 5% par année et offrir un rendement supérieur à 4%.

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Quel est le rôle d’un analyste financier professionnel?

L’analyste financier effectue des recherches en vue d’établir la valeur boursière d’une entreprise. Il utilise des modèles financiers qui permettent d’analyser les résultats passés et projeter des résultats prévisionnels. Il complète ses évaluations en discutant notamment avec des membres de la direction.

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Où travaillent les analystes financiers ?

Les analystes financiers professionnels travaillent habituellement pour le compte d’une banque, d’un cabinet de courtage ou d’un gestionnaire de portefeuille. Certains analystes financiers travaillent pour leur compte et offrent les résultats de leurs recherches (contre rémunération) à des publications spécialisées