Les fonds à date cible sont loin d’être une panacée

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À première vue, les fonds à date cible sont une option séduisante pour celui qui veut investir dans un véhicule qui tient compte de besoins qui évoluent avec l’âge. Cependant, une analyse plus serrée suggère d’envisager des solutions de placement beaucoup plus appropriées.


Les fonds à date cible connaissent une popularité sans précédent

La popularité des fonds à date cible (1) a littéralement explosé au cours des 10 dernières années.

Aux États-Unis, 19 % des régimes 401(k) détenaient ce type de fonds en 2006. En 2018, la proportion a grimpé à 56 % (2).

Au Canada, ces fonds sont devenus le principal véhicule de placement des régimes d’accumulation de capital*. Ainsi, chez Sun Life, une importante société d’assurances, les FDC représentent plus de 80 % des entrées nettes de fonds des régimes de retraite gérés sur leur plateforme (3).


Qu’est-ce qu’un fonds à date cible ?

Un fonds à date cible (FDC) est un fonds de placement qui rééquilibre périodiquement la pondération des actifs afin d’optimiser le rapport risque-rendement du portefeuille à mesure qu’on se rapproche d’une date cible. Chaque fonds est identifié à une année-cible déterminée.

Une date cible est une date à laquelle l’investisseur aura besoin d’encaisser une partie ou la totalité du capital investi (i.e. pour la retraite, l’achat d’une maison, etc.).

Un exemple : un FDC 2060 acheté en 2022 reflète une répartition d’actifs qui suppose que le capital restera investi au cours des 38 prochaines années, soit jusqu’en 2060. À mesure que les années vont passer, le gestionnaire adoptera une répartition d’actifs plus prudente, ce qui aura pour effet de minimiser les risques à l’approche de la date cible.

Pour avoir une répartition d’actifs plus conservatrice, le gestionnaire augmente la proportion de titres à revenus fixes (i.e. obligations) à mesure que les année passent.

À titre d’exemple, voici comment se présentait la composition de 3 FDC Vanguard au cours de l’année 2020. Notez que les fonds ayant une date cible rapprochée comportent une plus forte proportion d’obligations :

Vanguard 2065 Fund – VLXVX: 90% actions; 10% obligations

Vanguard 2040 Fund – VFORX: 85% actions; 15% obligations

Vanguard 2020 Fund – VTWNX: 55% actions; 45% obligations


Les avantages

Un FDC est utile à celui qui manque de temps ou qui n’est pas intéressé d’en faire le suivi. Il comporte plusieurs avantages :

® Tient automatiquement compte de la date à laquelle l’investisseur aura besoin d’encaisser son capital.

® Procure une diversification d’office entre différentes classes d’actifs (actions, obligations, etc.).

® Requiert un faible investissement, bien que réparti sur plusieurs titres et classes d’actif.

® Géré par des professionnels, ce qui évite à celui qui n’a pas les compétences, de prendre des décisions de placements.


Les désavantages

1 – L’évolution de la répartition du capital

Une étude du National Bureau of Economic Research (NBER) (4) a démontré que de nombreux FDC réduisent la proportion d’actions à environ 30%-40% à l’approche de la date cible.

Or, une étude réalisée par des chercheurs de M.I.T en 2021 indique qu’en moyenne la proportion du capital détenu sous forme d’actions par un travailleur devrait être de 80% vers l’âge de 45 ans pour revenir à 60% à la retraite (5).

Une proportion d’actions inférieure à 60% a pour effet de réduire considérablement le rendement d’un fonds, considérant les taux d’intérêt obligataires quasi nuls en vigueur. La recherche du NBER a montré que les investisseurs dans les FDC perdaient annuellement un minimum de 1,7% jusqu’à un maximum de 28% de leur pouvoir d’achat.

2 – Une baisse de rendement marquée pour les investisseurs d’âge mûr

L’étude du NBER souligne que ceux qui investissent dans des FDC près de l’âge de la retraite subissent une baisse plus marquée de leur pouvoir d’achat.

L’entreprise de services financiers Morningstar va dans le même sens. Elle rappelle que les investisseurs plus âgés devraient être plus audacieux. Or, les FDC sont souvent investis de façon trop conservatrice, offrant de ce fait un rendement insuffisant aux investisseurs plus âgés (6).

3 – Des solutions « prêt-à-porter »

Les FDC ne tiennent pas compte des besoins et caractéristiques de chaque investisseur à la retraite. Ils supposent que tous ont les mêmes besoins financiers et la même tolérance au risque. Or, chaque individu a une situation financière unique qui tend à influencer son niveau de tolérance au risque.

La retraite est une étape de vie particulière pour chaque individu.  Deux personnes qui visent une date de retraite de 2065 peuvent avoir des situations financières très différentes, et un FDC 2065 ne conviendra pas aux deux.

4 – Ils ne suivent pas l’état du cycle économique

Réduire l’allocation d’actions dans un fonds à mesure qu’il se rapproche de la date cible réduit le risque. Mais cela peut aussi empêcher de capitaliser sur un marché haussier, causant ainsi une moins bonne performance à long terme.

5 – Le risque de fausser la répartition de l’ensemble des actifs financiers

Des placements détenus en dehors d’un FDC peuvent fausser une répartition d’actif optimale. Supposons qu’un fonds a une répartition d’actifs de 80 % actions et 20 % obligations.  De son côté, l’investisseur possède des certificats de dépôt à la banque, à hauteur de 10 % de ses placements totaux. Il en résulte une proportion des placements obligataires beaucoup trop élevée.

6 – Des frais de gestion plus élevés

Étant des fonds gérés activement, les FDC comportent des frais de gestion plus élevés que les fonds indiciels. Selon Morningstar, les frais de gestion moyens des FDC étaient de 0,52% en 2020. Ceci se compare à 0,05% pour les fonds indiciels. Sur de longues périodes, un écart annuel de près de ½ % peut représenter des montants substantiels.


Le verdict

L’idée qu’une personne qui vieillit doive investir dans des titres conservateurs au risque de sacrifier le rendement est une idée répandue dans la communauté financière. Il y a deux problèmes :

® Les taux d’intérêt actuels entraînent un rendement famélique de la portion obligataire des FDC.

® L’approche « prêt-à-porter » des FDC porte en elle les germes d’un rendement suboptimal à long terme (7).

Un risque typique est que les gens vivent plus longtemps qu’ils ne le pensaient au départ. Cette seule éventualité pourrait faire que les rendements des 10 dernières et des 10 prochaines années d’un FDC soient insuffisants par le fait même.

Personne ne veut épuiser son capital parce qu’il vit plus longtemps qu’il ne l’avait anticipé !

Investir à long terme exige de tenir compte de toutes les circonstances propres à chaque investisseur. Et, précisément parce qu’on parle d’un grand nombre d’années, il est certain que ces circonstances vont changer avec le temps (tant au niveau de la vie professionnelle que personnelle). Auquel cas, la stratégie de placement doit être adaptée en conséquence.

Investir dans un FDC ne permet pas d’optimiser le rendement à long terme d’un portefeuille:

® Trop d’éléments doivent être analysés pour tenir compte de tous les aspects d’une saine gestion financière.

® À long terme, le portefeuille de placement devra être périodiquement ajusté pour tenir compte d’éléments imprévus.


La solution : faire équipe avec un planificateur financier

Pour ceux qui veulent mettre toutes les chances de leur côté, la solution est de s’asseoir avec un conseiller qui possède les qualifications reconnues pour déterminer les meilleures décisions à prendre en matière de gestion financière (placements, retraite, succession, assurances, fiscalité, etc.).

On ne parle pas d’un vendeur dont la seule contribution est de vous dire quoi faire et où placer votre argent. Il s’agit d’un professionnel qui prend le temps de vous connaître et qui participe à l’élaboration d’un plan financier adapté à votre situation. Un professionnel capable de vous accompagner dans toutes les décisions qui touchent à la gestion de votre patrimoine.

En ce sens, le planificateur financier (PL. Fin.) est le seul professionnel dont les compétences sont reconnues par l’AMF* pour proposer un plan financier complet.

Pour ceux que ça intéresse, des études ont même démontré qu’il est possible d’obtenir un rendement supérieur de 3 % en ayant recours aux services d’un planificateur financier (8).

***

Faire équipe avec un planificateur financier en qui vous avez confiance est une démarche qui fera une grande différence sur votre avenir financier.

C’est pourquoi il est primordial de choisir le bon partenaire.

L’article Votre conseiller financier mérite-t-il son poste ? suggère une démarche qui aidera à faire le bon choix.


 


(1
)
Target Date Funds
(2) Target Date Fund Popularity Is Through the Roof, Yahoo Finance, Sept ‘21
(3) Target Date Funds in Canada, Canada Pension and Benefit Institute, Nov-14 ’21.
(4) The Hidden Cost of Target Date Funds, Yahoo Finance, January 6 ’22.
(5) Simple Allocation Rules and Optimal Portfolio Choice Over the Lifecycle, Duarte, Fonseca, Goodman & Parker, Dec ‘21
(6) Are Target-Date Funds Flawed, Morningstar, Jan-24 ’22.
(7) Conçus pour convenir à tous, il est normal que les FDC adoptent une approche très conservatrice pour fixer leur niveau de risque.
(8) BMO, Planification financière


FAQ

 

 

Quelle est la différence entre un conseiller financier et un planificateur financier ?

L’appellation « conseiller financier » n’est pas un titre reconnu par l’AMF*. N’importe quelle personne peut s’attribuer ce titre. En revanche, « planificateur financier (PL. Fin.) » est un titre professionnel reconnu par l’AMF*. Les planificateurs financiers possèdent les compétences pour préparer des plans financiers complets.

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Pourquoi investir sur le long terme ?

Le temps est le principal paramètre de rendement. Aussi, le risque d’avoir un rendement positif augmente plus la période investie est longue. La probabilité d’obtenir un rendement positif sur une période de 10 ans est de 95%.

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Quels éléments sont analysés dans une planification financière?

Une planification financière complète couvre les sept aspects de la gestion financière: l’environnement juridique, les assurances et la gestion des risques, l’analyse de la situation financière, les placements, la fiscalité, la retraite et la succession.