Le prix de la liberté

Liberté

La liberté est le prix à payer pour récolter les bénéfices humains et économiques qu’elle engendre. Malgré cela, des pays continuent de la brimer avec toujours plus de détermination. Résultat : leur performance économique en subit les contrecoups. L’investisseur devrait réfléchir sérieusement avant de s’y aventurer.

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Liberté et performance des entreprises

À chaque année, l’Institut Fraser produit un rapport annuel sur la liberté économique dans le monde. Le tableau suivant illustre les résultats tirés du rapport 2022. Basé sur la méthodologie utilisée, différentes couleurs correspondent à différents degrés de liberté qui existent dans chacun des pays :

Il n’y a pas de partage clair entre pays libres et non libres. Il y a plutôt un spectre qui part de pays très libres économiquement comme les États-Unis, le Canada, le Japon et une partie de l’Europe (bleu), aux pays où la liberté est restreinte comme la Chine, la Russie et plusieurs nations du Moyen-Orient et de l’Afrique (rouge).

En tant qu’investisseurs, l’intérêt est de comparer les performances boursières de pays représentatifs des points opposés du spectre :

Note :
Sauf pour les États-Unis et l’Égypte, les rendements indiqués sont ceux des fonds indiciels IShares spécifiques aux pays concernés. Pour les États-Unis, il s’agit des rendements du fonds SPY publiés par State Street. Pour le marché de l’Égypte, nous avons utilisé le rendement du fonds Van Eck correspondant.

La dichotomie est frappante.

D’aucuns argueraient qu’on ne peut établir de liens directs entre le degré de liberté économique d’un pays et sa performance boursière.

Bien que la comparaison n’ait rien de scientifique, la relation semble bien réelle. Elle suggère que la liberté économique favorise la performance des entreprises.

Capricieux et imprévisibles, les régimes autocratiques sont un frein au progrès. Quand on voit le marketing qui promeut l’investissement dans les pays émergents (1), force est de constater qu’on sous-estime le risque d’y investir.


Le cas de la Chine

Depuis 25 ans, la Chine a fait couler beaucoup d’encre. Pour deux raisons : c’est le pays le plus populeux et c’est la 2e économie mondiale.

Les raisons invoquées pour y investir n’ont d’égales que celles de s’en abstenir.

1 – Les pour

La Chine est le moteur de croissance de l’Asie. C’est le plus grand exportateur mondial. Selon PWC, le PIB de la Chine pourrait dépasser celui des États-Unis d’ici 2050 (2).

Lorsque la Chine a pris le virage capitaliste dans les années 1980, il n’en fallait pas plus pour qu’elle accuse une croissance exceptionnelle. Son PIB a affiché une croissance annuelle supérieure à 10%. En 2007, l’économie chinoise progressait de 14% – un taux largement supérieur à ce que les États-Unis et le Japon ont pu connaître dans leurs meilleures années.

Par la suite, le pays nous a habitué à des taux de croissance plus élevés que ceux des pays occidentaux, de l’ordre de 6,5% par année.

Sa croissance est alimentée par le développement d’une importante classe moyenne. Ainsi, la consommation intérieure devrait doubler pour atteindre $13 trillions d’ici 2030, soit un quart de la croissance mondiale !

La Chine est le 2e marché mondial en termes de capitalisation boursière (plus de 7 000 entreprises cotées en bourse).

Depuis quelques années, des banques d’affaires américaines recueillent des milliards de dollars pour investir dans la région (Blackstone, KKR, Warburg Pincus, etc.).

2 – Les contre

Gestion de la pandémie

Les investisseurs occidentaux avaient été séduits par l’efficacité avec laquelle la Chine a géré la crise pandémique en 2020. Le pays avait démontré qu’il disposait de structures plus efficaces que les pays occidentaux pour gérer ce genre de crises. Alors que l’absence d’une deuxième vague COVID-19 semblait se confirmer, la réalité fut toute autre. Au terme de l’année 2022, la Chine est aux prises avec une explosion pandémique sans précédent !

 

Crise immobilière

Le secteur immobilier, qui représente plus de 25% du PIB, connaît une crise sans précédent. Des milliers d’immeubles en construction sont inachevés. Des dizaines de villes sont laissées à l’abandon. Construites pour rien, ces villes fantômes offrent un spectacle saisissant dans lequel on s’attend à voir surgir une horde de zombies. Endetté à hauteur de $300 milliards, le plus important promoteur immobilier de Chine, la société Evergrande, est insolvable.

La crise immobilière entraîne des conséquences sur l’ensemble de l’économie. Déjà, l’industrie chinoise de l’acier a sonné l’alarme. Faute de demande suffisante dans les chantiers, le tiers de l’industrie pourrait s’effondrer (3).

Interventionnisme de l’état

La disparition (et la réapparition) de Jack Ma, patron de l’importante société technologique chinoise Alibaba à l’automne 2020, témoigne de la propension de l’état chinois à intervenir brutalement lorsqu’il appréhende que ses actions soient contestées (4).

Ainsi, la vague de règlementations qui déferle depuis peu sur le secteur technologique laisse à penser que l’état craint que les succès financiers de plusieurs entrepreneurs (à l’instar de Jack Ma) leur inspirent une indépendance d’esprit dont les autorités chinoises s’accommodent mal.

La Chine est l’un des États les plus interventionnistes du monde. La reprise des pleins pouvoirs par Xi Jinping sonne la fin de la récréation. Le renforcement de l’idéologie socialiste et du pouvoir du Parti Communiste risque de prendre le pas sur les opportunités de développement économique.


Le cas de la Russie

Les arguments pour investir en Russie sont minces.

Malgré une population de 145 millions, le PIB russe est inférieur à celui de l’Italie et de la Corée du Sud.

L’économie de la Russie dépend de sa production de pétrole et de gaz. Les hydrocarbures représentent plus de 40% des revenus de l’État et deux tiers des exportations (5).

Les premiers bénéficiaires de l’économie russe sont les oligarques. Il s’agit de personnalités de premier plan du monde des affaires, liées au pouvoir politique, dont plusieurs se sont enrichies avec les privatisations qui ont suivi la dissolution de l’Union soviétique dans les années ’90.

Dirigé depuis plus de 20 ans par un président non élu, le pays est connu pour son absence de libertés individuelles.


Pourquoi la liberté est une condition de progrès

La liberté économique va de pair avec la liberté d’expression, d’association, de religion et de représentation. Elle s’épanouit dans un cadre social qui protège les droits individuels des excès d’autocrates dont le premier objectif serait de maintenir leurs prérogatives. Des droits qu’ici nous tenons pour acquis.

Les régimes autocratiques n’offrent pas les conditions requises pour atteindre et maintenir une performance économique supérieure :

Ils ne tolèrent pas la critique objective, prérequis pour stimuler l’émergence d’idées novatrices.

L’État se réserve le droit d’intervenir sur les marchés de manière arbitraire et capricieuse.

Les interventions de l’État favorise la préservation de son pouvoir plutôt que l’évolution d’idées progressistes.

La justice étant soumise à l’arbitraire du pouvoir central, les règles de saine concurrence sont plus aisément bafouées.

L’autoritarisme des régimes autocratiques décourage l’innovation.

Mais la conséquence la plus dommageable est l’exode des cerveaux.


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L’exode des cerveaux, un frein au progrès économique

1 – La Chine

La Chine connaît un exode des cerveaux depuis plusieurs années. Déjà en 2013, le pays concédait souffrir d’une fuite des cerveaux plus grave que d’autres pays, en particulier en sciences et en ingénierie, où 87% des étudiants ou des universitaires choisissaient de rester à l’étranger (6).

Loin de se résorber, le problème a pris de l’ampleur depuis. En 2019, l’État lance le programme 1000 Talents (7). Le but est de faire revenir les « cerveaux » qui avaient établi leur résidence notamment en Amérique. On ne lésine pas sur les moyens : primes de départ de 130 000 €, bourses de recherche pouvant atteindre 600 000 €, etc.

Mais… conformément à la doctrine du Parti Communiste, les candidats doivent soutenir le Parti Communiste de Chine et le système socialiste !

Pour ne pas être en reste, c’est au tour d’Hong Kong de vivre un exode massif de ses meilleurs travailleurs. Selon le président de la Chambre de Commerce, la région est confrontée à la plus importante hémorragie de travailleurs hautement qualifiés depuis le début des années 1990 (8).

Des observateurs avertis affirment que depuis sa rétrocession il y a 25 ans, les libertés individuelles ont été considérablement réduites à Hong Kong, notamment avec l’adoption de la Loi sur la sécurité nationale le 30 juin 2020 (9).

2 – La Russie

L’exode des cerveaux de Russie n’est pas un fait nouveau. Mais depuis un an, la situation est tragique. Les autorités russes elles-mêmes reconnaissent que 10 % des employés du secteur des technologies de l’information ont quitté la Russie cette année. On parle de 100 000 employés.

Ces départs s’ajoutent à l’exode de centaines de milliers d’autres Russes. Cette gigantesque fuite des cerveaux  crée des pénuries notamment dans le secteur des hautes technologies, où le personnel est long à former.

3 – Les autres pays

La fuite des cerveaux de Chine et de Russie est amplement documentée parce qu’il s’agit de pays dont le poids politique et économique est significatif. Mais l’exode des cerveaux affecte à peu près tous les pays qui limitent les libertés individuelles.

Afrique. Selon le classement de l’Institut Fraser, la plupart de ces pays limitent la liberté économique.

Ces pays vivent une importante pénurie de personnel médical qui fuit vers les pays occidentaux. En retour, ceux-ci profitent de ces nouveaux médecins. En 2035, le continent atteindra un déficit 4,3 millions de spécialistes de la santé.

L’exode des compétences s’étend à d’autres domaines comme l’informatique et les technologies de communication. Entre 2015 et 2019, 70 000 spécialistes nord-africains se sont installés en Europe, en Amérique du Nord ou en Asie. Dans les conditions actuelles, on ne prévoit pas que ces gens reviennent (10).

Cuba. Le pays a connu ses plus importantes manifestations antigouvernementales depuis des décennies. Une sévère répression a suivi. Le sentiment de désespoir a déclenché le plus grand exode que cette nation insulaire ait connu. En 2022, près de 250 000 Cubains, soit 2 % de la population, ont migré vers les États-Unis (11).

Brésil. L’arrivée au pouvoir de l’extrême droite a déclenché une crise économique, en même temps qu’une politique défavorable à la recherche. Il en est résulté un exil majeur des Brésiliens vers des cieux plus cléments (12). Reste à voir si l’arrivée d’un gouvernement progressiste à fin 2022 réussira à changer la donne.

Turquie. Le pays occupe de 112e rang dans le classement de l’Institut Fraser. %. D’après un économiste turc (13), la politique économique du président Erdogan est la cause d’une inflation extraordinairement élevée qui frôle 80%. Cette inflation est la cause directe de la fuite des cerveaux.

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La restriction des libertés est une cause évidente de l’exode des cerveaux. Ce phénomène a d’autant plus d’impact que ce sont les meilleurs, ceux dont on a le plus besoin, qui sont les premiers à partir. Pour eux, les portes de quasiment tous les pays sont grandes ouvertes. Chaque départ entraîne un appauvrissement des ressources productives du pays d’origine.

Il faut éviter d’investir dans les pays qui font peu de cas des libertés individuelles. Leur propension à dépenser pour préserver les privilèges d’une minorité au détriment des droits de la majorité, perpétue leur incapacité à concurrencer ceux qui permettent à leurs citoyens poursuivre leurs aspirations avec toute la liberté que cela requiert.

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(0)

(1) Dont plusieurs se situent sur la partie droite du spectre et où la Chine représente le bloc le plus important.
(2) Why invest in China, Janus Henderson, 2022.
(3) Ce que vous devez savoir sur la crise immobilière en Chine, 24 heures, 2 août ’22.
(4) Dans un discours public, Jack Ma avait critiqué la réglementation financière chinoise.
(5) Economy of Russia, Wikipedia.
(6) Le Quotidien du Peuple en ligne, 28 oct ’13.
(7) Un programme pour attirer les cerveaux, Le Monde, 27 jan ’19.
(8) À Hong Kong, la fuite des cerveaux devient préoccupante, Courrier International, Fév ’22.
(9) La longue marche vers la répression, La Presse, 1er juillet ’22.
(10) La fuite de compétences en Afrique, Thot Cursus, 10 mai ’22.
(11) Cuba se dépeuple comme jamais, La Presse, 17 déc ’22.
(12) Comment Jair Bolsonaro vide le pays de sa population, L’Humanité, 15 janvier ’22.
(13) Enes Ozkan, économiste et chercheur à l’Université d’Istanbul.

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FAQ

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Quels sont les avantages de la liberté économique ?

Des études empiriques ont démontré que la croissance économique, l’absence de violence, de corruption et d’inégalités de revenus sont positivement corrélées au degré de liberté économique. Cette liberté contribue à la prospérité générale, de la population.

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Quelles sont les limites de la liberté économique ?

La liberté économique doit préserver le droit à la concurrence. L’État a la responsabilité de fixer des règles qui assurent que tous les acteurs économiques (particuliers et entreprises) ont la possibilité de transiger librement, sans contrainte indue.

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Quelles sont les libertés individuelles ?

Elles incluent le droit à la vie, à la liberté, à la sécurité d’une personne, au respect de la vie privée. S’ajoutent la liberté d’expression, de pensée, de conscience et de religion.

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