La crise et l'expansion du télétravail

3 juillet 2020


Au contraire des autres crises boursières, la crise 2020 va entraîner des changements fondamentaux dans le fonctionnement de nos institutions.

Certains changements ont déjà pris forme, d’autres se dessinent clairement. Des industries qui n’ont pas évolué depuis des décennies devront se réinventer sous peine de disparaître, d’autres vont naturellement éclore.

Le monde n’évolue pas dans le confort des habitudes acquises. Il évolue parce que des crises surviennent qui ne permettent plus de remettre au lendemain ce qu’il faut déjà changer. Ce sont les crises qui font évoluer le monde…

Après quatre mois, on tire déjà des enseignements qui nous aident à comprendre cette situation historique.

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Une crise qui souligne notre lenteur à évoluer

Cette crise arrive à point nommé.

Grâce à elle, on réalise que des pans entiers de notre société n’ont pas évolué depuis des décennies. L’organisation du travail, les modes d’enseignement, la gestion du système de santé, le transport des personnes, le contrôle des moyens de production sont autant de secteurs qui fonctionnent selon des modèles qui datent du siècle dernier. Des secteurs qui accusent des retards considérables par rapport à l’évolution de la science et des nouvelles compétences humaines et technologiques.

Il est évident que des industries vont devoir changer drastiquement si elles veulent survivre.

Comme investisseur, on doit s’interroger sur l’avenir d’industries qui risquent de souffrir des conséquences de cette crise, tout autant que celles qui en profiteront. Les conclusions auxquelles on arrivera seront susceptibles d’influer sur le choix de nos investissements.

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Einstein1

La distinction entre le passé, le présent, le futur n'est qu'une illusion

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Des secteurs émergent de cette crise : les activités à distance

De nouveaux phénomènes émergent clairement de la crise 2020. Parmi eux : l’expansion des activités à distance.

Sans préavis, sans outils adaptés et sans formation ad hoc, des entreprises, des écoles et des organismes de santé ont trouvé le moyen de fonctionner sans la présence physique des employés et patrons, des étudiants et professeurs, des patients et médecins. Pourtant, jusqu’à maintenant, on jugeait cette présence essentielle à l’interaction des intervenants.

L’urgence de continuer à produire a fait en sorte que ces gens et ces organisations ont développé des solutions ingénieuses qui leur ont permis de livrer la marchandise.

Malgré le manque d’outils, la capacité d’innover a pris le dessus.

Trois types d'activités à distance ont nettement fait les manchettes pendant cette crise: le télétravail, la formation en ligne et la télémédecine.

Ici, nous nous intéressons à l’avenir et aux conséquences de l’expansion du télétravail.

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Télétravail_1

Des entreprises favorisent le télétravail dans leur gestion journalière

Des sociétés internationales connues ont déjà indiqué que le télétravail occupera une place beaucoup plus importante dans la gestion de leurs opérations (Facebook, Twitter, Google, Microsoft, UnitedHealth Group, Dell, Aetna…).

Plus près de nous, des entreprises ont emboîté le pas :

OpenText (entreprise canadienne) ferme 50% de ses bureaux dans le monde, au profit du télétravail (1).

Leaders International annule son bail de 4000 pi2 dans la Tour CIBC. Ses employés resteront en télétravail.

Sunlife : 98% des employés sont en télétravail ; leur retour sera facultatif (2).

KPMG anticipe que plusieurs employés demanderont de travailler à domicile de façon permanente (3).

Shopify ferme ses bureaux jusqu’en 2021. Par la suite, la majorité des employés travailleront à distance en permanence (5).

→ Le Gouvernement du Québec estime que 30% de ses employés devraient être en télétravail, « une économie potentielle incroyable » (4)

 

Réactions des travailleurs

→ Un sondage Léger réalisé au mois de mai révèle que 79 % des Québécois sont satisfaits de leur expérience en télétravail (5).

Parmi les avantages mentionnés : économie sur les dépenses (transport, habillement, restaurants), élimination du temps perdu dans les embouteillages, flexibilité d’emploi, surtout pour les familles ayant de jeunes enfants. Selon des psychologues cités dans l’étude, le télétravail, lorsqu’il est bien fait, améliore la productivité et stimule le moral.

→ Un sondage CERIUM (6) (avril) indique que le tiers des répondants estiment que leur productivité a augmenté.

Selon eux, le télétravail a été source d’innovation, surtout chez les plus jeunes et ceux travaillant dans de petites entreprises.

→ Une enquête FlexJobs indique que 76% des participants préfèrent les emplois effectuées à distance (fully remote work)

Les raisons invoquées: flexibilité et liberté  (7).

→ Selon Angus Reid (juin), 68% des Canadiens estiment que le travail à la maison a été une expérience correcte (8).

→ 37% d’employés en télétravail seraient prêts à réduire leur rémunération de 10% pour continuer de travailler à distance. (9)

 

Les réserves exprimées 

→ Le télétravail peut être aliénant

On perd un certain temps de travail et de socialisation avec les collègues. Dans un sondage, 39 % des répondants souhaitent continuer alors que 37 % ont hâte de retourner au bureau.

→ Le télétravail peut fragiliser le sens d’appartenance

Des sociologues croient que le sens de l’appartenance des employés à l’égard de leur entreprise risque d’être affecté si le télétravail remplace complètement le travail au bureau.

→ Des gestionnaires sont réfractaires à l’idée d’encadrer leurs équipes à distance.

→ Des entreprises sont réticentes à l'idée de ne pas voir leurs employés au bureau.

→ L’absence de technologies adaptées est un obstacle pour plusieurs entreprises

→ Les attaques informatiques augmentent avec le télétravail.

 

Une étude de McKinsey

Le commentaire suivant du cabinet McKinsey & Co. est révélateur « Des choses considérées impossibles sont devenues possibles durant cette période. On a mis des années pour atteindre péniblement 10% de télétravail en moyenne, et on est passé soudainement à 90% ... on trouvera un équilibre entre le 10% et le 90%. »

 

Une conséquence de l’expansion du télétravail 

La réduction des heures travaillées au bureau aurait pour conséquence directe de réduire la taille et l’allocation des espaces de travail. Ainsi, au lieu de dédier des espaces à bureaux exclusifs à des individus, des aires de travail réduites seraient mises à la disposition des employés qui en auraient besoin, au moment opportun.

 

Deux arguments en faveur du télétravail

L’argument financier : le coût de location d’espaces à bureaux dans les centres-villes est devenu prohibitif. À Montréal, ce coût dépasse 45$/pied2 (10). Le coût est d’autant prohibitif que les espaces loués sont sous-utilisés (bureaux dédiés trop grands pour l’utilisation qu’on en fait, présences limitées des cadres et dirigeants, salles de conférence redondantes).

À la réduction des coûts de location des bureaux s’ajoutent les économies de temps et de coût réalisées par les employés qui n’ont pas à se rendre au bureau à tous les jours.

L’argument écologique : la congestion et la pollution des centres-villes est une situation qui empire de jour en jour. Une enquête de Statistique Canada révèle que 1,5 million de Canadiens consacrent au moins 120 minutes par jour à se rendre au travail et en revenir, dont 57% en automobile.

Les études montrent aussi que la prolongation des temps de navettage nuit à la productivité, à la santé et au bien-être, congestionne les routes et ralentit le transport des marchandises. Cette congestion impose inutilement des délais et des coûts de transports excessifs aux employés (11).

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Télétravail_2

Ce qui risque de se produire…

Dans une majorité d’entreprises, beaucoup plus de tâches opérationnelles seront désormais effectuées à distance. Cette proportion variera sensiblement d’une entreprise à l’autre. On peut supposer que de 30 à 50% des tâches de bureau seraient effectuées à distance.


Télétravail_3

Les secteurs gagnants

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Des industries vont bénéficier de la croissance manifeste et sans retour du télétravail :
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Les infrastructures de télécommunications

Les activités à distance requièrent des capacités et des vitesses de transmission de données extrêmement importantes. La transition des réseaux 4G aux réseaux 5G facilitera l’adaptation technologique aux exigences d’un volume de communications virtuelles beaucoup plus important.

Les sociétés capables d’offrir et de financer ces infrastructures et les services afférents seront bénéficiaires de ce mouvement.
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Les outils de communications virtuelles

L’utilisation d’outils permettant de communiquer efficacement et de façon ordonnée avec ses collègues, clients, fournisseurs (i.e. Slack, Teams, Google Hangouts) devient un prérequis pour optimiser le rendement du télétravail. Tels outils connaissent déjà une croissance importante qui ira en augmentant.
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La cybersécurité

La hausse récente des activités en ligne a entraîné une augmentation des cyberattaques. Les entreprises ne prendront aucune chance : elles augmenteront leurs investissements dans des protocoles et des logiciels de cybersécurité.
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Les plates-formes de prestations de services ouvertes

Ces plates-formes permettent d’acheter des prestations de micro-services auprès de fournisseurs à la pige à des tarifs beaucoup plus bas que ceux de professionnels spécialisés. Les services offerts sont extrêmement variés. Toutes les communications et les services sont exclusivement rendus via une plate-forme internet. Les sociétés Fiverr et Upwork offrent de telles plates-formes.

Ces services pourraient intéresser des cadres et contractuels autonomes travaillant à distance, loin des ressources internes de leur entreprise.

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Télétravail_4

Un secteur perdant

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Les tours à bureaux des centres-villes

Le texte suivant met en perspective la situation des bureaux du centre-ville de Montréal :

La superficie de bureaux s’élève à 103 millions de pieds carrés … Les baux ont une durée moyenne de 6,5 ans. Chaque année, en moyenne, des baux représentant 15,8 millions de pieds carrés arrivent à échéance… Si les occupants décident de réduire la superficie de 5 % , 800 000 pieds carrés par an seront ainsi libérés.

Pour donner une idée… le gratte-ciel 1000 De La Gauchetière compte 920 000 pieds carrés.

Si les besoins d’espace sont plutôt réduits de 10 %, ce sont 1,6 million de pieds carrés qui retourneront sur le marché de Montréal chaque année. Ce chiffre ne tient même pas compte d’éventuelles faillites, mises à pied ou fermetures d’entreprise provoquées par la crise (12).

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À ce stade, il est difficile d’expliquer pourquoi une entreprise paierait un prix exorbitant pour établir ses bureaux dans un centre-ville congestionné, pollué, difficile d’accès et inutilement onéreux pour ses employés. Est-il besoin de dire que cette situation n’est pas le propre de Montréal, mais de l’ensemble des grands centres-villes.

L’avenir dira comment cette situation évoluera en regard de l’expansion du télétravail.

Pour l’instant, il est clair que d’autres industries offrent des perspectives de placements nettement plus intéressantes.

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(1) La Presse, 22 mai ‘20
(2) Journal de Montréal, 25 mai ‘20
(3) TVA Nouvelles, 25 mai ‘20
(4) La Presse, 25 mai ‘20
(5) La Presse, 10 mai ‘20
(6) La Tribune, 8 mai ‘20
(7) Flexjob.com, 17 juin ‘20
(8) Radio-Canada International, 11 juin ‘20
(9) Global Workplace Analytics, cité par Business News Daily, 18 mars ‘20
(10) JLL, Q1 2020 (immeubles « A » du centre-ville)
(11) Perspectives sur le marché immobilier 2020 (Canada), CBRE
(12) Laurent Benarrous (Avison Young), cité par La Presse, 19 mai ‘20

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