Est-ce que les marchés sont truqués ?

2e V - Marchés truqués_1 (2)

Des gens s’attribuent facilement le mérite de leurs succès à la bourse. Mais en cas d’insuccès, ils sont aussi rapides à prétendre que les marchés sont truqués. Leurs pertes financières seraient imputables à d’autres, mais pas à eux.


Un gestionnaire recommandait d’acheter de l’or

Pendant quelques années, nous étions abonnés à un journal financier dédié au marché boursier canadien. L’une des rubriques du journal était consacrée aux métaux précieux. Un des collaborateurs de cette rubrique était gestionnaire pour le compte d’un important fonds qui détenait des lingots d’or.

Ce gestionnaire était persuadé que le prix de l’or était largement sous-évalué. Il appuyait ses dires de nombreuses données, dont l’une était la création excessive de monnaies par les banques centrales.  Jusqu’en 2011, l’or avait connu une forte augmentation pour atteindre 1,850 $ au mois de septembre. À ce moment, ce gestionnaire prédisait que l’once de métal jaune allait terminer l’année à plus de 2,000 $.

Résultat : à partir de septembre 2011, et pendant les 9 années qui ont suivi, le prix de l’or n’a cessé de descendre. Mais pendant toutes ces années, ce gestionnaire a continué de recommander l’achat de lingots. Il expliquait qu’il était illogique que le prix de l’or baisse. Selon lui, le prix était manipulé par des institutions qui avaient tout avantage à ce que le prix de l’or demeure le plus bas possible.

Son message a toujours été le même : il avait raison. C’est le marché qui avait tort.


Il est plus facile d’investir aujourd’hui qu’il y a 50 ans

Il y a 50 ans :

®  Une information financière peu accessible

Il n’y avait pas d’internet. Pour chaque titre que l’on souhaitait analyser, il fallait faire une demande de documents financiers à l’entreprise ou à des services de spécialisés.  Même chose pour consulter les évaluations d’analystes professionnels (pour lesquelles on devait souvent payer). Et on attendait plus d’une semaine pour recevoir les documents par la poste. Peu d’investisseurs amateurs avaient les ressources et la patience pour faire le travail de recherche nécessaire.

®  Des honoraires de courtiers exorbitants

Jusqu’au milieu des années ’70, le système de commissions des courtiers en valeurs était fortement règlementé. On devait notamment utiliser les services d’un courtier de plein exercice pour transiger à la bourse. Les courtiers devaient facturer des commissions minimum qui pouvaient représenter 2-3% de la valeur des transactions. L’absence de concurrence au niveau des honoraires, donnait une raison de moins pour améliorer le service aux clients.

Aujourd’hui :

®  Une information financière complète, instantanée et gratuite

À partir de son iPhone, l’investisseur a accès instantanément (et gratuitement) à quasiment toutes les données financières utiles pour évaluer une entreprise. Un grand nombre de sites spécialisés publient régulièrement des analyses de titres. Pour les entreprises plus connues, on peut consulter les évaluations d’un même titre par différents analystes professionnels.

®  La quasi-disparition des frais de courtage

Le 1er mai 1975, les frais de courtage ont été dérèglementés aux États-Unis. La législation canadienne a été modifiée dans le  même sens. Les plates-forme de courtage à escompte se sont rapidement multipliées (1). Aujourd’hui, alors que le nombre de courtiers à escompte a explosé, les frais de courtage se sont effondrés. De nombreux courtiers les ont même complètement abandonnés.

®  L’accès à un large éventail de titres boursiers

L’investisseur moyen peut maintenant investir dans un plus large éventail de titres et d’instruments financiers. Les fiducies de placement immobilier, les fonds à capital fermés, les fonds négociés en bourse et les BDC* sont des catégories de titres plus accessibles, qu’on peut maintenant analyser et transiger plus facilement. Les minimums d’achat sont aussi beaucoup plus rares aujourd’hui.

®  Les fonds indiciels : une alternative fiable et peu coûteuse

Ces fonds comportent des frais de gestion minimes, une diversification et un rendement équivalent à celui du marché boursier. Ils constituent une alternative pour l’investisseur dont les connaissances sont limitées et qui veut réduire le temps consacré à la gestion de son portefeuille.


De meilleurs outils pour transiger à la bourse ne sont pas synonymes de succès

Techniquement, il n’y a pas grand-chose que les gestionnaires de fonds peuvent faire que l’investisseur amateur ne puisse pas faire.

Mais les résultats ne sont pas garantis. Et c’est là le problème. Aujourd’hui, il est devenu tellement facile de transiger à la bourse. Sans avoir de connaissances et sans avoir fait des recherches sérieuses, on peut ouvrir un compte autogéré, transférer des fonds, transiger toutes sortes de titres. On peut même transiger des options et effectuer des achats/ventes à découvert en respectant des conditions minimales. Tout cela, à partir d’un iPhone.

Le résultat est que trop de gens :

  transigent trop fréquemment des titres qu’ils n’ont pas analysés parce qu’ils ne savent pas comment.

♦  basent leurs décisions sur des faits (réels ou allégués) qui sont déjà reflétés dans les prix qu’ils paient.

♦  prennent des décisions inspirées par la cupidité ou par la peur, plutôt que par l’analyse des données fondamentales.

Ils oublient que :

 le succès en bourse repose sur 3 valeurs: la persévérance, la prudence et la patience (2).

 le temps est le paramètre de rendement le plus important.

Certains n’investissent pas à la bourse alléguant que le marché est truqué. D’autres spéculent à outrance, pressés de découvrir le prochain Microsoft ou Amazon. S’ils perdent leur mise, ils imputent leur insuccès à un marché soi-disant manipulé. Rarement à leur mauvais jugement ou à leur cupidité.


Conclusion : est-ce que les marchés boursiers sont truqués?

L’histoire des marchés révèle que, dans l’ensemble, les stocks prennent de la valeur bien plus souvent qu’ils n’en perdent.

Depuis 1925, la bourse américaine a eu un rendement positif (incluant dividendes) dans 75% de n’importe quelle période de 12 mois et dans 94% de n’importe quelle période de 10 ans (3). Au cours de ce quasi centenaire, le rendement annuel a été de 10,2% (4).

Avec de tels résultats, ajoutant que l’accès à l’information financière a été démocratisé avec internet et autres avancées technologiques au cours des 20 dernières années, qui dit que la bourse est truquée?

Oui, la bourse est truquée en faveur des investisseurs sérieux.


(1) La société Charles Schwab, pionnière du courtage à escompte, a lancé sa plate-forme… le 1er mai 1975 !
(2) Voir Les trois piliers de PORTEFEUILLE 101.
(3) I Do Believe That the Stock Market Is Rigged, Real Clear Markets, 12 février ‘21
(4) Dqydj.com


FAQ

 

Comment protéger son capital?

Le portefeuille doit être investi de façon à générer un rendement qui tienne compte de la période durant laquelle le capital ne sera pas entamé pour subvenir aux obligations financières de l’investisseur. Obtenir un rendement sur son capital est une façon de le protéger à long terme.

Les bourses sont-elles manipulées?

De nombreux organismes indépendants ont pour mission d’assurer l’application de normes régissant le commerce des valeurs mobilières, la conduite financière des sociétés membres avec pour objectif de protéger les investisseurs. L’intervention de ces organismes diminue grandement le risque que les bourses soient manipulées.

Comment obtenir de l’information financière fiable?

Les sociétés cotées en bourse doivent produire des états financiers vérifiés par des experts-comptables, de même que des informations financières obligatoires, soumises aux organismes de règlementation. La plupart de ces informations sont disponibles sur les sites web des entreprises; on peut considérer qu’elles sont fiables.