Le temps d’investir au pays du soleil levant

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Des investisseurs sérieux recommencent à s’intéresser au Japon. Les raisons ? La transformation de l’économie japonaise au cours des 30 dernières années et les perturbations politiques qui secouent l’Amérique et une partie de l’Asie y seraient pour quelque chose. Le temps est venu d’en faire un élément de diversification du portefeuille de placements.

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Une performance économique marquée aux extrêmes

Pour comprendre le contexte, il convient de commenter brièvement le parcours économique du Japon des dernières décennies.

Entre 1950 et 1980, le Japon a connu une période exceptionnelle de réussite économique. Le secteur de l’immobilier en témoigne : un mètre carré à Tokyo valait jusqu’à 140 000 dollars.

Au cours des années ’80, l’économie japonaise a migré de ses activités primaires traditionnelles (agriculture, exploitation minière) vers la transformation, les télécommunications et les ordinateurs.  Cette nouvelle économie a généré d’importantes avancées technologiques, fort profitables pour le pays.

Pour qui vivait alors au Japon, les années 1980 étaient une fête perpétuelle comme s’il n’y avait pas de lendemain.

Puis vint la décennie perdue des années ’90. Victime de ses propres abus, cette décennie a été marquée par une stagnation économique parmi les plus longues de l’histoire. De 1991 à 2003, le PIB* du Japon n’a progressé que de 1,1 % par an (1).

Suivit la décennie 2000, au cours de laquelle la croissance du PIB réel a été d’à peine 1 % par an (2), un taux bien inférieur à ceux des autres pays industrialisés.

C’est pourquoi plusieurs parlent non pas d’une, mais de deux décennies perdues, soit de 1991 à 2010.

Comme pour en remettre, le pays fut entraîné dans une période de déflation qui devait durer 30 ans !

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Mais deux nouvelles de 2024 changent la donne:

Le 19 mars 2024

Pour la première fois depuis 2007, la Banque centrale a haussé son taux directeur. Depuis 17 ans, le pays pratiquait des taux d’intérêt négatifs pour combattre une déflation endémique !

Le PIB atteint un sommet

Le PIB* du Japon a augmenté de 2,8 % en rythme annualisé d’octobre à décembre, dépassant les attentes des analystes et marquant le troisième trimestre consécutif d’expansion. Pour la première fois, le PIB nominal  a dépassé 600 milliards de yens ($4 billions) (3).


Une performance boursière en dent de scie

Sans surprise, les rendements boursiers du Japon des dernières décennies sont une cascade de montagnes russes. Dans les années 1980, les performances japonaises étaient imparables. On allait de succès en succès. Puis, la débâcle économique des années 1990 a marqué une période prolongée de stagnation. La croissance économique est devenue atone. La Bourse de Tokyo (indice Nikkei) s’est effondrée…

Mais aujourd’hui, c’est le renouveau.

Dans un épisode d’un de ses podcasts, le professeur Michael Useem explique que ce n’est pas un coup de chance. C’est véritablement le résultat de nouvelles pratiques de gestion de la part des entreprises japonaises. Dans son nouveau livre, Resolute Japan, il explique comment les entreprises japonaises se sont réinventées pour relever les nouveaux défis économiques.

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Depuis quelques années, le Japon attire l’attention de grands investisseurs. L’option d’investir dans des entreprises japonaises devient une alternative aux marchés américains et chinois. Des modèles que de fortes turbulences géopolitiques nous suggèrent de remettre en question.


Des arguments convaincants en faveur des actions japonaises

Les raisons ne manquent pas pour affirmer qu’il est temps d’investir une partie du portefeuille dans des titres japonais :

1 – Les bénéfices des entreprises japonaises sont en hausse

Le graphique suivant montre illustre la croissance historique des bénéfices des entreprises japonaises (avec un record pour le trimestre se terminant en juin 2024) :

2 – Une alternative aux marchés américains et chinois

Les actions d’entreprises japonaises sont une alternative à celles des entreprises chinoises et américaines. Parce qu’on anticipe une période prolongée de tensions entre les deux superpuissances. Et parce qu’on peut supposer que de nouveaux droits de douane sur la Chine pourraient éventuellement profiter au Japon, entraînant une réduction de prix des produits chinois importés par le Japon !

L’avantage est que plusieurs entreprises japonaises sont des leaders de leurs industries. Elles sont susceptibles d’être sollicitées à la fois par la Chine et les États-Unis. Par exemple, le Japon est le 3e constructeur automobile. Il possède la plus importante industrie de produits électroniques. On le classe parmi les pays les plus innovants, leader dans le domaine des dépôts de brevets mondiaux.

3 – Les anticipations de croissance du Japon dépassent celles de la Chine

La hausse constante des rendements des obligations japonaises 30 ans démontre que les anticipations de croissance du Japon s’améliorent depuis 5 ans. Tout-à-fait le contraire de la Chine.

4 – Le retour de l’inflation

Plusieurs voient le retour de l’inflation au Japon d’un bon œil. Comme indiqué ci-haut, les taux d’intérêt ont été relevés en mars ‘24 pour la première fois en 17 ans, mettant fin à 8 années consécutives de taux d’intérêt négatifs. Au contraire d’autres pays, cela crée un effet positif dans une économie qui a souffert de la déflation pendant près d’une décennie.

Après avoir consacré toutes ces années à rationaliser leurs opérations et réduire leurs coûts, les entreprises japonaises peuvent enfin augmenter leurs prix et leurs marges !

5 – Des titres peu dispendieux

Le marché boursier japonais est bon marché. Il se négocie à un ratio cours-bénéfice* de 15 (4), comparé à 28 pour l’indice américain S&P 500. À cela s’ajoutent des bilans solides, avec des réserves de liquidités élevées et de faibles taux d’endettement (5). À la fin 2024,  les réserves financières des entreprises avaient atteint le niveau record de 600 milliards de yens (6).

6 – Les attentes sont basses

Au cours des dernières années, plusieurs réformes destinées à dynamiser le marché financier japonais ont été mises en place à l’initiative de l’ancien premier ministre Shinzo Abe (décédé en 2022). Pour différentes raisons, elles ne semblent pas avoir été reconnues à leur juste valeur.

La bonne nouvelle c’est que de basses attentes sont le terreau de rendements supérieurs.

7 – L’intérêt marqué de Warren Buffett

Au cours des dernières années, le célèbre investisseur a investi plusieurs milliards dans de grands conglomérats du pays (Itochu, Mitsubishi,…). Connu pour son approche prudente, axée sur la valeur, il voit dans le Japon une opportunité d’investir dans des entreprises stables dotées de fondements solides.

Contrairement aux entreprises américaines qui privilégient les gains à court terme, la philosophie des entreprises japonaises est en phase avec celle de Warren Buffett, axée sur la patience et la création de valeur à long terme.

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Preuve indéniable de sa confiance dans le marché japonais : à l’automne 2024, Berkshire a émis des obligations libellées en yen pour un montant de Y282 milliards (US$1,9 milliards) (7). L’intention est d’utiliser le produit pour acquérir des titres d’entreprises japonaises.

On peut assumer que l’optimisme de Buffett sur le Japon a contribué à attirer d’autres investisseurs étrangers et à faire progresser l’indice de référence Nikkei de 20% en 2024.


La meilleure façon d’investir dans le marché japonais

La façon la plus simple d’investir dans le marché boursier japonais est de d’acquérir des parts de FNB* diversifiés.

Pour 3 raisons:

L’alternative est moins risquée que de détenir des actions de sociétés individuelles,

Cela requiert un suivi limité de la part de l’investisseur,

Le coût de l’investissement est faible.

Voici les rendements historiques de dix FNB* japonais, avec leur capitalisation :

On note une divergence importante dans la performance de différents FNB* japonais au cours des dernières années. On doit garder en tête que :

* Les rendements passés ne sont pas garants des rendements futurs, surtout dans le cas des fonds de placements,

* On investit sur le marché japonais avec un horizon de rendement à long terme,

* Il est loisible, voire souhaitable, de diversifier l’investissement dans plus d’un FNB,

* Privilégier les FNB qui versent des distributions régulières offre une protection supplémentaire,

* Le cas échéant, il est souhaitable d’obtenir l’avis d’un conseiller financier qualifié.


L’attrait d’un marché à redécouvrir

La sortie d’une déflation endémique, la fin des taux d’intérêt négatifs (avec la reprise d’une certaine inflation) et des valorisations boursières modérées, motivent les grands investisseurs à s’intéresser au marché japonais.

L’attitude (réputée négligente) des entreprises japonaises vis-à-vis leurs actionnaires a changé drastiquement. À preuve, les rachats d’actions se sont élevés à US$108 milliards en 2024 (8), auxquels il faut ajouter encore des dividendes.

Ce changement attendu depuis longtemps arrive après une décennie de pression pour faire évoluer la mentalité des entreprises. Ce n’est pas une tendance passagère.

Dans le contexte de guerres commerciales qui s’annoncent entre grandes puissances, couplées à des rendements possiblement plus modestes du secteur technologique, le marché japonais représente une saine stratégie de diversification.

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En conséquence, les investisseurs devraient profiter de la force du dollar américain pour investir dans des titres d’entreprises étrangères, particulièrement ceux d’entreprises japonaises.

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(0)

(1) The Lost Decade: Lessons From Japan’s Real Estate Crisis, Investopedia.
(2) Lost Decades, Wikipedia.
(3) The Economist, 17 février ’25.
(4) World PE Ratio/Japan, Feb 10 ’25.
(5) Big in Japan – investir au pays du Soleil-Levant, Nov ’23.
(6) Revitalization of Japan’s Economy, Japan News, Jan ’25.
(7) Berkshire Hathaway raises $1.9 bln in global yen bonds,…, Reuters, Oct 10 ’24.
(8) Nikkei Asia, Dec 21 ’24.

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FAQ

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Pourquoi des investisseurs choisissent le Japon ?

Il y a deux arguments de base: les taux d’intérêt et une monnaie faible. Les taux d’intérêt quasi nuls ont maintenu la faiblesse du yen. Ceci a stimulé le potentiel de croissance du Japon et la compétitivité de son secteur d’exportation. Un autre facteur est qu’en Asie, le Japon représente une alternative plus stable que la Chine.

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Est-ce le bon moment d’investir au Japon ?

Le Japon est le pays de l’innovation. À l’exception de la Corée du Sud, aucun pays n’investit autant en recherche et développement par rapport à son PIB*.

La robotisation et l’automatisation sont des mots clés dans ce pays où la population est relativement âgée. Ces facteurs devraient rendre les entreprises japonaises plus compétitives et soutenir leurs bénéfices futurs.

Cet article a été rédigé par Marc-Olivier Desmarais, CPA, Pl. Fin.

Il est planificateur financier indépendant. Sa pratique est encadrée par l'Autorité des Marchés Financiers (AMF) et par l'Institut de Planification Financière (IPF).

À travers les articles de Portefeuille 101, son objectif est de contribuer à la littératie financière et de stimuler la réflexion en matière de finances personnelles.

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