Les BDC : accéder au marché privé envers et contre tous

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Agir avec cupidité quand les autres ont peur. Warren Buffett conseillait d’acheter lorsque les investisseurs paniquent et de s’en garder lorsqu’ils font preuve d’optimisme. Aller à l’encontre du sentiment populaire permet d’acheter à rabais des actifs de valeur… si on sait reconnaître les bonnes occasions. Les BDC* en donnent l’opportunité.

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En 2026, le marché privé a moins bonne presse

Des événements récents ont donné mauvaise presse au marché privé* :

1 – Des déclarations de dirigeants du FMI et de J.P. Morgan (JPM)

À l’automne 2025, la directrice générale du FMI*, déclare qu’une ruée de créances consenties par des institutions financières hors banques augmente les risques financiers du marché privé* (1).

Dans un langage plus cru, Jamie Dimon, président de JPM, ajoute que des cafards (cockroaches) pourraient envahir le marché privé suite à la faillite fortement médiatisée de sociétés connues (i.e. Tricolor et First Brands) (2).

2 – Un rapport de Fitch

Un  rapport de l’agence de notation Fitch annonce que le taux de défaut de crédit des sociétés privées est passé de 8,1% à 9,2 % de 2024 à 2025 (3).

3 – Des faits qui suggèrent une décote des BDC

Selon le cabinet Capital Economics, plusieurs BDC* cotées en bourse se transigent à un prix inférieur à leur VNA*. Cette faiblesse reflète des préoccupations liées au risque de concentration et à la qualité de leurs créances (4).

Des BDC seraient contraintes de réduire la valeur comptable de leurs créances, ce qui pénalisera leurs résultats.

Les ratios de couverture des dividendes ont diminué. Certains dividendes pourraient être réduits.


La réaction des investisseurs ne s’est pas fait attendre

À la lumière de ces déclarations, un nombre inhabituel d’investisseurs ont demandé à récupérer les sommes investies dans des sociétés de crédit privé.

L’importance donnée à la mauvaise presse du secteur a accéléré la panique, notamment lorsque les prêteurs ont divulgué le volume des demandes de remboursement.

Ceci a obligé plusieurs sociétés de crédit privé à plafonner les remboursements aux actionnaires. Comme on pouvait s’y attendre, la valeur des actions des sociétés cotées en bourse (notamment les BDC) a chuté de façon importante.

Ainsi, entre le 1er septembre ’25 et le 1er avril ’26, l’action de VanEck BDC Income (5) a perdu 21%.

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C’est précisément ce qui crée l’opportunité d’y investir.


Les BDC:  le meilleur véhicule pour investir dans le crédit privé

Les BDC* cotées en bourse se démarquent des autres véhicules de placements dédiés au marché privé* :

1 – Facilité à transiger et plus grande liquidité

Contrairement aux fonds de crédit privés traditionnels, les titres des BDC* cotés en bourse peuvent être transigés facilement, sans intermédiaire. Ceci rend ces titres beaucoup plus liquides.

2 – Rendement de dividende élevé

Les BDC sont tenues de distribuer 90%+ de leur revenu imposable aux actionnaires, ce qui assure des distributions élevées. Plusieurs BDC offrent des rendements de dividendes de 9% et plus.

3 – Possibilité d’acquérir les actions à escompte

Les BDC cotées en bourse se négocient à prime ou à escompte par rapport à leur VNA*. Comme cette information est publique, cela donne l’opportunité d’acquérir leurs actions à rabais.

4 – Effet de levier limité

La plupart des BDC utilisent un effet de levier* pour augmenter leurs rendements. Toutefois, le risque est limité car la règlementation plafonne l’effet de levier à un ratio ‘dette/capitaux propres’ de 2:1.

5 – Diversification automatique

Investir dans une BDC donne accès à un portefeuille diversifié de dizaines, voire de centaines, d’entreprises privées.

6 – Gestion professionnelle

Des professionnels spécialisés dans le financement d’entreprises privées assurent la gestion des créances et investissements.

7 – Protection vis-à-vis les taux d’intérêt

La plupart des prêts consentis par les BDC sont à taux variable. Cette formule protège le prêteur contre une hausse des taux d’intérêt.

8 – Prêts garantis de premier rang

Une forte proportion des prêts sont adossés à des garanties de premier rang. Ils offrent ainsi une sécurité accrue, étant remboursables en priorité advenant une faillite.

9 – Divulgation exhaustive d’informations financières

Les BDC cotées en bourse doivent divulguer trimestriellement un grand nombre d’informations détaillées, telles que la composition, la qualité et la juste valeur de leurs créances et investissements. Le tout doit être accompagné des explications de la direction.

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Cliquer ici pour consulter une liste de BDC cotées en bourse.


Comment choisir une BDC?

Les BDC* affichent des traits communs. Mais elles peuvent différer sensiblement au plan de leur expertise, de leurs processus de gestion, de la qualité de leurs actifs et de la solidité de leur situation financière.

Avant d’y investir, il convient d’analyser un certain nombre de paramètres :

1 – La taille

La taille est un critère à considérer car elle peut influencer la stabilité financière, les coûts d’exploitation, le pouvoir de négociation de l’entreprise et les possibilités d’expansion. Les grandes BDC peuvent offrir un portefeuille de placements plus étendu et plus diversifié, ainsi que des conditions de financement plus avantageuses.

En revanche, les petites BDC, bien que plus risquées, peuvent avoir une expertise plus pointue et un potentiel de croissance plus élevé.

2 – La qualité du portefeuille

Deux indicateurs sont importants.

Le premier est la proportion des dettes garanties de premier rang. C’est ce qui protège le capital du prêt en cas de faillite de l’entreprise.

Le second est le « taux de prêts non productifs (TPNP) ». Il s’agit des prêts pour lesquels l’emprunteur est incapable de payer les intérêts ou de rembourser le principal. Le cas échéant, la BDC doit réduire la valeur comptable du capital et ne plus comptabiliser les intérêts comme revenus. On considère qu’un TPNP inférieur à 2% est satisfaisant.

À ce titre, il importe d’examiner le TPNP actuel tout autant que le TPNP historique.

Les BDC sont tenues de divulguer le TPNP avec leur reporting financier trimestriel.

3 – La performance et la volatilité du titre

Sur les 5 dernières années, on s’attend à des rendements annuels égaux ou supérieurs à ceux de l’industrie. En même temps, on anticipe une volatilité limitée. Il est normal que le bêta* d’une BDC soit supérieur à 1. Par nature, les sociétés de crédit réagissent aux soubresauts du marché davantage qu’une entreprise classique. Cela étant, le bêta* historique ne devrait pas dépasser 1,2.

4 – Les paiements d’intérêt sous forme de dette additionnelle

Il arrive que des BDC acceptent que des sociétés débitrices procèdent au paiement de leurs intérêts en contactant une dette additionnelle correspondante. Cette pratique, désignée sous l’acronyme PIK (Payment-In-Kind) se justifie lorsque ces dernières sont incapables de payer les intérêts dus.

On doit éviter d’investir dans des BDC qui accommodent cette pratique.

5 – Le rendement et la couverture de dividende

Le haut rendement du dividende constitue l’un des principaux attraits des BDC. Aussi, le rendement annuel du dividende devrait être supérieur à 8%, idéalement 10%.

Pour autant, la couverture minimum du dividende doit être de 100%, c’est-à-dire que le revenu net des investissements (Net Investment Income – NII) couvre la totalité du dividende.

6 – La croissance de la valeur intrinsèque de l’action

Comme les BDC doivent verser plus de 90% de leur bénéfice aux actionnaires, il est normal que la croissance de la valeur de leurs actions soit modeste. Considérant un rendement de dividende supérieur à 8%, une croissance égale à l’inflation demeure acceptable.

7 – La prime ou l’escompte de l’action

En tout temps, il est possible de savoir si l’action d’une BDC se transige à prime ou a escompte. On préfère acquérir une action à escompte, lequel représente une gain immédiat par rapport à sa VNA*. Cela étant, l’escompte ne devrait pas dépasser 10%. Un escompte plus élevé jette un doute sur la qualité du portefeuille de la société.


Les BDC constituent la meilleure option pour l’investisseur à la recherche d’un rendement élevé de dividendes, mais qui veut diversifier son portefeuille en y intégrant une participation indirecte dans des entreprises privées.

Les BDC publiques offrent le meilleur des deux mondes. Elles sont transigées à la bourse et sont soumises aux nombreuses exigences de divulgation qui y sont rattachées.

Enfin, le sentiment négatif qui prévaut offre l’opportunité d’acquérir à rabais les titres des meilleures d’entre elles.

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(0)

(1) Are there systemic risks in the private credit market, Investing.com, Oct 26 ’25.
(2) JP Morgan boss says more ‘cockroaches’ will emerge…, The Guardian, Oct ’25.
(3) Private Credit Defaults and Recoveries: 2025, Fitch, March 2026.
(4)The Private Credit Sector Is Unwell. What It Means for Publicly-Traded BDCs, Barron’s, April ’26.
(5) FNB indiciel qui regroupe les BDC cotées en bourse.

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FAQ
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Est-il plus risqué d’investir dans le marché privé qu’à la bourse?

On peut diminuer le risque d’investir dans le marché privé en détenant des parts dans une BDC cotée en bourse et en s’assurant que cette dernière satisfait aux critères d’évaluation applicables.

 

Cet article a été rédigé par Marc-Olivier Desmarais, CPA, Pl. Fin.

Il est planificateur financier indépendant. Sa pratique est encadrée par l'Autorité des Marchés Financiers (AMF) et par l'Institut de Planification Financière (IPF).

À travers les articles de Portefeuille 101, son objectif est de contribuer à la littératie financière et de stimuler la réflexion en matière de finances personnelles.

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