Bourse et parachutisme: deux sports extrêmes?

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On utilise le terme « sport extrême » pour désigner une activité physique dangereuse pouvant causer des blessures graves ou même la mort. On peut tracer un parallèle intéressant entre le parachutisme et l’investissement boursier.

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Cet article a été mis-à-jour pour tenir compte de données récentes

Prologue

Certaines personnes croient que sauter en parachute et investir à la bourse sont deux activités trop risquées pour s’y adonner.

Ce n’est pas le refus de sauter en parachute ou d’investir que l’on remet en cause, mais les raisons invoquées.
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Le risque fait partie de notre vie

Il y a une différence entre un risque et un problème.

Un risque est un problème potentiel. Un problème est un risque qui s’est matérialisé.

Nous vivons dans un univers rempli de risques. Risques d’accidents, de maladies et d’événements fâcheux pouvant résulter en des pertes de jouissance ou des pertes financières.

Nous ne portons attention qu’à une infime partie des risques ambiants. Quant aux risques dont nous sommes conscients, nous consacrons peu d’efforts à les évaluer correctement. Quelle est l’importance du risque associé à :

♦ la cigarette

♦ la consommation d’alcool

♦ la conduite automobile

♦ la consommation de sucre

♦ la pratique du ski alpin

Le texte suivant est extrait d’une étude parue dans la revue Interrogations : « Face au risque, les individus ont tendance à évaluer la situation de manière biaisée, que ce soit dans sa dimension de probabilité de survenue ou de dommages potentiels. Ils possèdent des heuristiques entachées de biais, et parfois de bonnes raisons de le sous-estimer, voire de le nier. » (1)

Les risques du parachutisme

Plusieurs personnes associent leur peur de sauter en parachute au risque que comporte l’activité. Comme pour toute autre activité récréative, il est normal que des gens ne soient pas attirés par le parachutisme. Mais ici, on ne peut justifier le refus de sauter par l’importance du risque afférent.

Selon l’Association Américaine de Parachutisme (USPA), la proportion d’accidents fatals par rapport au nombre de sauts diminue :

Dans le cas des sauts en tandem (2), la proportion est encore moindre, avec 1 accident fatal par 500,000 sauts, soit 0,0002%.

Vous avez plus de chances de mourir de la foudre, d’une piqûre d’abeille ou d’une morsure de chien que d’un accident de parachute (3) .
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Pourquoi le risque d’accidents de parachute est-il minime?

Selon l’USPA, aussi rares soient-ils, les accidents de parachute sont surtout causés par des erreurs humaines et quasiment jamais à des problèmes d’équipement ou au hasard.

La pratique du parachutisme est soumise à la règlementation de l’Association Canadienne de Parachutisme Sportif (ACPS) au Canada et de l’USPA aux États-Unis.

Cette règlementation exige que le parachutiste suive la formation prescrite sous supervision et avec examen. Par la suite, il devra suivre d’autres formations intensives . On exige aussi que le parachutiste maintienne une pratique minimum tout au long de sa carrière, notamment pour pouvoir effectuer d’autres types de sauts (i.e. avec d’autres parachutistes ou pour devenir instructeur).

Avant chaque saut, les parachutistes doivent effectuer une série de procédures de contrôle visant à prévenir le risque d’accident.

En plus, lorsqu’un accident se produit (ou même un incident qui aurait pu causer un accident), des sessions de debriefing sont tenues pour identifier les causes et les mesures à prendre pour  de telles situations dans le futur. Les parachutistes sont tenus de rédiger des rapports d’incidents destinés aux manufacturiers d’équipements et à leur organisation pour investigation.

Le public a accès à ces rapports.

Le nombre d’accidents de parachute est minime parce que les parachutistes ont reçu une formation adéquate et respectent un protocole de sécurité explicite et reconnu.

Pour ces raisons, même s’il procure des sensations extrêmes, on ne peut considérer le parachutisme comme un sport extrême.


Quid de l’investisseur boursier?

À la différence du parachutiste, celui qui investit à la bourse n’a pas à compléter une formation, ni de suivre une approche reconnue pour gérer son portefeuille.

Ainsi, à l’égard du placement boursier, on retrouve différents comportements :

Des gens évitent d’investir à la bourse parce que trop risqué. Ils préfèrent maintenir un capital liquide ou placer leurs économies dans des instruments financiers qui garantissent le capital mais produisent un faible rendement.

Certains achètent des titres sur la base de lectures, de discussions ou de « tuyaux » obtenus sur les réseaux sociaux, sans les avoir analysés.

D’autres investissent dans des fonds communs recommandés par leur institution financière, ou confient leurs épargnes à des gestionnaires professionnels. La plupart ignorent si le rendement de leurs placements équivaut à ceux d’indices de référence appropriés (voir Bâtir un indice de référence).

Ainsi, le rendement historique des petits investisseurs est bas. Le cabinet Raymond James cite une étude de la société Dalbar selon laquelle le rendement annuel de l’investisseur moyen au cours des 25 dernières années a été de 5,7% vs 10,7% pour la bourse américaine.

L’investisseur moyen a une performance médiocre parce qu’il ne gère pas ses placements dans le cadre d’une approche éprouvée. On lui a montré à économiser, mais pas à investir.


Quand des biais cognitifs dictent les opinions

Selon Matt Gerdes, auteur du livre The Great Book of BASE (4)l’ignorance et la complaisance causent des accidents mortels.

L’expérience et la formation forment la base d’un jugement éclairé. En leur absence, l’investisseur s’appuie sur des biais cognitifs.

Les biais cognitifs sont des mécanismes intellectuels qui permettent de porter des jugements rapides en l’absence de raisonnements analytiques qui tiendraient compte de toutes les informations pertinentes.

Les biais cognitifs entraînent des jugements erronés.

Certains biais aident à comprendre les opinions répandues qu’on entend sur le parachutisme et l’investissement boursier.

1 – Le biais de confirmation

On privilégie les faits qui confirment notre opinion. Par le fait même. on accorde peu d’importance aux informations qui contredisent ces mêmes faits.

Un accident de parachute dont on prend connaissance porte à conclure au danger du parachutisme. Un crash boursier décourage d’investir en bourse.

2 – Le biais de confiance

Ce biais suggère que l’on possède des compétences supérieures à celles que nous possédons.

L’investisseur qui a fait un coup d’argent, probablement par hasard, associe ce succès à sa compétence. Le parachutiste qui a fait 200 sauts sans incident, peut développer un sentiment confiance exagéré, malgré son inexpérience.

3 – Le biais de négativité

Les événements négatifs affectent le comportement d’un individu davantage que les événements positifs.

Même après avoir effectué 50 sauts sans incident, un parachutiste peut décider d’arrêter de sauter. Un investisseur qui perd un montant important à la bourse décide de ne plus investir.

4 – Le biais de récence

On accorde plus d’importance aux éléments les plus récents.

Les accidents de parachute et les crash boursiers récents sont censés refléter une tendance à long terme.

5 – Le biais de conformisme (mentalité du troupeau) 

La tendance à penser et à agir comme les gens qui nous entourent constitue un des biais les plus puissants.

L’investisseur achète les titres les plus recommandés, donc ceux qu’une majorité d’investisseurs achète. Ce faisant, il achète les titres les plus chers. Et il vend lorsqu’une majorité d’investisseurs vend, c’est-à-dire lorsque le prix a chuté.

Des gens qui ne sont pas des parachutistes affirment (sans preuve) que le parachutisme est un sport extrême, donc très risqué.


Le parachutisme et l’investissement boursier comportent des risques calculés lorsque le parachutiste et l’investisseur :

• ont reçu la formation qui dispense les connaissances nécessaires.

• appliquent avec constance les règles de sécurité (parachutiste) et de gestion de portefeuille (investisseur) reconnues.

• font preuve de prudence et d’humilité, sachant qu’ils peuvent commettre des erreurs de jugement ou d’exécution.

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(0)

(1) Euphémiser ou nier les risques auxquels on est soumis, Interrogation No. 28
(2) Dans un saut en tandem, le participant est attaché à un parachutiste professionnel qui contrôle toutes les étapes du saut.
(3) How Safe is Skydiving, USPA.
(4) Le Base Jump consiste à sauter en parachute du haut de supports fixes (falaises, ponts, édifices) plutôt que d’un avion. Le parachutiste saute d’une hauteur d’environ 500 pieds. Ce type de saut convient à une petite frange de parachutistes d’expérience.

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Cet article a été rédigé par Marc-Olivier Desmarais, CPA, Pl. Fin.

Il est planificateur financier indépendant. Sa pratique est encadrée par l'Autorité des Marchés Financiers (AMF) et par l'Institut de Planification Financière (IPF).

À travers les articles de Portefeuille 101, son objectif est de contribuer à la littératie financière et de stimuler la réflexion en matière de finances personnelles.

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